Banquier, mon ami!

ARIANE van CALOEN et PATRICK VAN CAMPENHOUT

Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

Banquier, mais pas partenaire, ni ami, comme voudrait l'ériger en principe la publicité des organismes financiers. Le banquier, même si derrière la dénomination se cachent évidemment des individualités pleines d'humanité et de sympathie, est avant tout un opérateur financier qui doit considérer le client comme un capital à faire fructifier. Mais l'analyse de cas montre que les utilisateurs de produits bancaires doivent se montrer bien plus circonspects qu'ils ne le sont d'ordinaire. Quelques leçons? Etre à l'affût de certains pièges ou astuces. Et il y en a (lire ci-contre). Considérez votre banquier comme un fournisseur de services ponctuels. Ne mélangez jamais placements et emprunts, affaires privées et professionnelles. Utilisez donc les services des uns et des autres sans états d'âme: on achète rarement un gigot chez un boulanger, si sympathique soit-il. C'est pareil pour les comptes bancaires, les prêts hypothécaires, les bons de caisse et les assurances. Un courtier en crédit nous explique qu'en cas de défaillance de l'emprunteur, fût-elle de courte durée, le risque de voir la banque «consolider» les comptes de son client est trop important.

Il a aussi fallu une loi pour empêcher les bancassurances - association des deux métiers sous une même enseigne - de «fourguer» des assurances solde restant dû trop chères aux candidats emprunteurs en les liant aux prêts. Idem pour les crédits trop lourds que les emprunteurs souhaitaient rembourser anticipativement: le législateur a été forcé d'imposer une norme maximale. Tout comme c'est le cas du coût des découverts bancaires limités à un taux équivalant à environ 8 fois le rendement d'un compte d'épargne. Pour les crédits hypothécaires, des garde-fous ont aussi été imposés en particulier en matière de transparence. Mais, comme l'explique Pierre Dejemeppe, auteur de nombreux ouvrages et études sur le crédit et le surendettement, «les banques appliquent les règles très loyalement, comme on le constate dans le cas de la centrale positive des crédits. Notre pays fait d'ailleurs figure d'exemple dans la réglementation des relations entre les banques et leurs clients». Cette centrale positive, qui recense les crédits souscrits par les particuliers, est un garde-fou qui devrait permettre de limiter les accidents financiers. Bon an, mal an, 10 pc des crédits à la consommation sont en effet dénoncés par les banques, ce qui n'est profitable à personne. En 5 ans d'application, la loi sur le règlement collectif de dettes a fait l'objet de 35000 requêtes. Dans ce total, les catastrophes liées à des problèmes de crédit sont largement majoritaires.

En revanche, dans d'autres domaines comme les frais de gestion sur les fonds de placement ou les sicav notamment, les banques peuvent faire ce qu'elles veulent. D'ailleurs, elles en retirent d'importants bénéfices. Ce qui leur permet de compenser une concurrence plus rude sur d'autres produits comme les prêts hypothécaires ou les carnets de dépôts (au moment de la campagne 2+2). «Ce qu'elles prennent d'un côté, elles le donnent de l'autre.», souligne Rudy Dupont, le patron de Cortal Consors. Ce qui n'est pas étonnant. Un banquier n'a jamais prétendu être un philanthrope.

© La Libre Belgique 2005

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