Entreprise

Comité d’accueil un peu particulier, vendredi, au bas des deux imposantes "Tours Belgacom". Alors que Didier Bellens avait convié la presse pour divulguer les résultats semestriels du groupe (lire ci-contre), et vanter une fois encore les vertus commerciales de sa stratégie de convergence, les journalistes étaient reçus par une délégation syndicale de Proximus, la filiale de téléphonie mobile de Belgacom. "Nous sortons d’un conseil d’entreprise, nous raconte Nancy Fonteyn, représentante de la CNE/LBC. La direction veut intégrer tout le monde dès le 1er janvier 2010 et entamer les discussions dès ce 3 août! Les débats ne vont pas être faciles..."

Reprenons. Jeudi, le conseil d’administration de Belgacom devait prendre attitude sur la nécessité ou non d’intégrer l’ensemble du personnel des filiales privées (Proximus, Skynet, Telindus) au sein de Belgacom S.A., qui est une société de droit public. La recommandation soumise aux administrateurs va dans le sens d’une pleine intégration des filiales à 100% de Belgacom. "L’intégration aura lieu pour le 1 er janvier 2010, confirmait d’ailleurs vendredi Didier Bellens, administrateur délégué du groupe de télécoms, lors de la présentation des résultats semestriels. Cela signifie que tout le monde aura bientôt un contrat Belgacom." Et M.Bellens d’ajouter à l’attention de syndicats inquiets: "Cette intégration n’engendrera aucun changement majeur pour le personnel des filiales et il n’y aura aucun plan social."

Actuellement, Proximus, Skynet et Telindus sont des sociétés privées distinctes de Belgacom S.A., qui possèdent chacune son conseil d’administration, ses organes de concertation sociales et ses conventions de travail. Cela signifie notamment que le statut des employés des filiales diffèrent - parfois de façon importante et avantageuse - avec ceux de la maison-mère. A l’automne dernier, le groupe avait déjà procédé à l’intégration du personnel "staff & support" (soit environ 350 personnes concernées dans les filiales). Aujourd’hui, le groupe veut en faire de même avec les autres catégories de personnel des filiales, soit environ 2 500 personnes. "Cela répondra mieux aux souhaits de nos clients, qui veulent un interlocuteur unique. Ce sera aussi plus simple pour le personnel. Tout le monde saura à qui il doit rendre des comptes. L’intégration permettra donc efficacité et simplicité", assure Didier Bellens.

Pour Astrid De Lathauwer, directrice des ressoures humaines de Belgacom, le processus d’intégration du personnel des filiales ne serait rien d’autre qu’un "simple transfert" d’employés d’une entité juridique privée vers une entité publique -rappelons que l’Etat belge détient encore 53,5% du capital -, où seront garantis tous les avantages existants. "Cette intégration va surtout nous permettre d’harmoniser une série de choses, comme les horaires de travail, les procédures d’évaluation du personnel, etc.", souligne Mme De Lathauwer. "Il n’y a aucun agenda caché", renchérit Michel Georgis, patron de Proximus.

Du côté syndical, on reste sur ses gardes malgré les assurances données par la direction de Belgacom. On se montre tout d’abord irrité sur le "timing". En fixant le début des discussions ce 3 août, ladite direction profiterait de l’absence de nombreux responsables syndicaux pour forcer un accord sur les conditions générales du transfert. Par ailleurs, il conviendra ultérieurement de négocier une nouvelle convention collective de travail pour l’ensemble du personnel. Et là, les transfuges des filiales redoutent de perdre quelques belles plumes. "La direction nous parle d’une convention pour 12 mois qui répondra aux conditions minimales de la directive européenne sur l’intégration de filiales privées dans une société publique. Passé ce délai, la société retrouverait toute sa liberté pour fixer les conditions de travail et de salaire. C’est évidemment l’idéal pour Belgacom!", dénonçaient vendredi les représentants du syndicat chrétien de Proximus. La confiance, on le voit, n’est pas franchement de mise.

On notera enfin que, dans le cadre de l’intégration, Didier Bellens a assuré que les marques Telindus et Proximus seraient préservées. "Ces sont deux marques très fortes dans leur domaine d’activité. Il faut donc être très prudent (NdlR: avant d’envisager leur suppression)."