Entreprise

ANALYSE

Ça y est! La Réserve fédérale a agi comme prévu par les analystes de marché, en resserrant au point près ses taux d'intérêt à court terme. Un «non event», selon les observateurs américains, mais dont l'attente a constitué un frein important au déploiement de toute stratégie boursière ces dernières semaines. Or, les opérateurs sont maintenant confrontés à la période traditionnellement creuse des vacances d'été. Et l'on sait pour la suite que, pour mesurée qu'elle sera, la hausse des taux de référence se poursuivra aux Etats-Unis. Avec l'incidence que l'on peut imaginer sur nos économies.

Des marchés boursiers au point mort pour les mois à venir? Il y aura évidemment les bonnes nouvelles annoncées isolément par les entreprises. Mais globalement, le raffermissement conjoncturel est déjà inscrit dans les cours. Du sang neuf? Rien ne filtre à propos d'éventuels dossiers en cours de traitement, malgré les sous-entendus et les sourires en coin des banquiers d'affaires. Et à Bruxelles, l'introduction de Belgacom laisse jusque-là un goût amer dans la bouche des amateurs de sensations boursières. On imagine bien une première tentative sur ce marché libre en voie de démarrage chez nous. Mais on parle là d'un tout autre niveau financier.

ENTRER OU... SORTIR?

Et puis, introduire une société en Bourse est souvent une question d'opportunité. Pour les uns, elle signifie l'ouverture d'une porte fiscale intéressante en matière de transmission de patrimoine. Pour d'autres, elle est l'occasion de vendre à un prix élevé une entreprise qui ne suscite pas l'enthousiasme des capitalistes professionnels. Pour d'autres, enfin, il y a là l'occasion de récolter du capital à d'excellentes conditions, afin de développer un projet entrepreneurial qui n'est pas exempt d'un certain risque. L'avantage de cette procédure est aussi la notoriété qui suit une introduction en Bourse. On pourrait aussi évoquer l'intérêt des plans de stock options, mais dans certaines circonstances, ces opérations peuvent se payer par un désintérêt du public et par une sous-évaluation des cours de Bourse. Parmi les désavantages, les hommes d'affaires retiennent surtout les obligations de transparence financière et, bien entendu, les coûts élevés de cette présence. C'est le principe qu'ont mis en avant les actuels actionnaires de référence du petit groupe BMT, oublié de la plupart des investisseurs en Bourse de Bruxelles, pour justifier leur volonté de quitter le marché pour la quiétude du privé. Ce que les professionnels nomment le «go private».

POURQUOI PARTAGER?

Une suite logique dans l'évolution d'une «micro-capitalisation» boursière? La conduite des affaires de l'entreprise qui n'est pas un poids plume avec 2620 personnes employées en Belgique et... ailleurs. Les délocalisations récentes d'activité, et la cession programmée d'une partie des activités métalliques au management (annoncée le 21 juin dernier) accréditent d'ailleurs la thèse de l'opportunisme financier de la famille fondatrice qui tente de récupérer la totalité du capital. Le poids des récents mouvements stratégiques, une fois absorbé, fera place à des bénéfices qui ne remonteront dans les comptes et les poches des actionnaires de la société faîtière que lorsque la société aura déserté le Parquet bruxellois. Où elle évoluait, discrètement, mais sans baisse d'activité de marché, depuis plus d'un siècle.

Le prix de l'OPA est défini. Ce sera le même que celui payé à la GIMV pour sa participation en BMT. Y aura-t-il une fronde de minoritaires basée sur le «manque à bénéficier» des récentes délocalisations? Il est trop tôt pour l'imaginer de manière précise. Mais on sait que notre marché doit aujourd'hui tenir compte de la présence insistante de spécialistes de la défense des intérêts minoritaires. Et qui ne manqueront pas de s'interroger sur la validité de cette offre et sur la qualité de la valorisation des actifs. Ils seront aussi présents sur d'autres dossiers qui se présenteront en Bourse de Bruxelles. La cote compte, en effet, bon nombre de ces petites capitalisations maintenues en l'état pour des raisons obscures. Dans un autre contexte, Deminor, pour citer ce régulateur de la place, s'attend d'ailleurs à une réponse rapide de la part de la société Picanol, sommée récemment de convoquer une assemblée extraordinaire de ses actionnaires afin de tirer au clair des manoeuvres capitalistiques contraires aux intérêts des petits actionnaires de l'entreprise.

© La Libre Belgique 2004