Entreprise

Le Crédit Lyonnais, la quatrième banque de l'Hexagone, fera-t-il dans quelques mois l'objet d'une grande bataille boursière dont l'issue pourrait redistribuer les cartes dans le secteur bancaire français, voire européen?

La plupart des observateurs se posent aujourd'hui la question alors que le géant français BNP Paribas - premier établissement de la zone euro - vient de payer le prix fort pour s'inviter dans le capital de la banque du boulevard des Italiens. BNP Paribas a en effet mis sur la table 2,2 milliards d'euros pour mettre la main sur la participation de 10,91 pc que l'Etat français détenait encore dans le Crédit Lyonnais. Le gouvernement Raffarin a en effet opté pour une procédure de cession aux enchères. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que BNP Paribas a sorti l'artillerie lourde pour évincer la concurrence en offrant 58 euros par action, ce qui représente une prime de 48,9 pc par rapport au cours de vendredi soir. C'est dire si le Lyonnais a une valeur stratégique forte aux yeux de la première banque française. Tout bénéfice pour l'Etat français, qui réalise au passage une très belle opération financière.

Manoeuvre hostile?

BNP Paribas a justifié son offre par le fait qu'elle `ne pouvait pas se désintéresser de l'avenir d'une entreprise bancaire aussi importante que le Crédit Lyonnais au moment où l'Etat sort de son capital´. Mais l'enthousiasme de la première banque française est loin d'être vraiment communicatif au Crédit Lyonnais, où l'on n'est pas loin de considérer comme hostile l'arrivée de ce nouvel actionnaire aux dents longues. Dans un communiqué diffusé samedi matin, le Crédit Lyonnais a d'ailleurs regretté cette opération. Jean Peyrelevade, son patron, sait en effet que BNP Paribas n'est pas venue pour faire de la figuration et que la banque de Michel Pébereau devrait tôt ou tard tenter de concrétiser une vieille ambition: prendre le contrôle du Crédit Lyonnais. Dans un communiqué, BNP Paribas a d'ailleurs annoncé la couleur en estimant que `les possibilités de coopération entre les deux groupes - dont les cultures sont très proches et dont les équipes et les managements se sont toujours respectés - sont manifestes´.

Jean Peyrelevade, lui, misait sur un ménage à trois avec le Crédit Agricole, son premier actionnaire privé jusqu'ici avec 10,50 pc des actions, et les AGF, filiale du géant allemand Allianz, deuxième actionnaire du Crédit Lyonnais avec un peu plus de 10 pc des actions. Mais visiblement, ce scénario - maintes fois annoncé, jamais concrétisé - semble avoir de plus en plus de plomb dans l'aile. Car avant de lancer cette cession aux enchères, le gouvernement Raffarin avait proposé au Crédit Agricole de lui racheter son paquet d'actions à 45 euros par action. La banque verte avait décliné l'invitation...

Une chose semble désormais acquise aux yeux des observateurs du secteur: des grandes manoeuvres se préparent. D'autant que le pacte d'actionnaire - dans lequel on retrouve également AXA, la Société Générale ou Commerzbank - expire en juillet prochain. Le Crédit Lyonnais vit probablement ses derniers mois comme banque véritablement `indépendante´.

© La Libre Belgique 2002