Entreprise

ENTRETIEN

Comment analysez-vous l'opération annoncée vendredi?

Mes sentiments sont mitigés. C'est une opération qui va mettre dans une même structure financière toute une série d'activités industrielles. Ce rapprochement était une nécessité. A la limite, je m'en réjouis tout en précisant tout de suite qu'il s'agira de faire confiance aux administrateurs indépendants. La valeur de l'activité devrait en effet se refléter dans les prix d'acquisition...

Mais encore...

Il y a depuis toujours dans ce groupe un problème grave de corporate governance dans la mesure où Electrabel n'a pas le droit d'acheter des activités électriques en dehors de l'Europe. C'est inacceptable sur le plan des principes et Suez le sait très bien. Interdire à une société cotée d'investir dans des marchés qui pourraient s'avérer très attractifs est d'autant plus grave qu'elle le fait elle-même à travers sa filiale Tractebel et qu'elle prive les actionnaires minoritaires d'Electrabel d'une telle possibilité. J'espère qu'un jour les marchés feront suffisamment pression pour que cette situation soit corrigée. Tout le monde fait de beaux discours sur le corporate governance mais dans la pratique c'est autre chose!

Qu'auriez-vous fait si vous étiez encore aux commandes?

Puisqu'on ne faisait qu'une étape partielle, j'aurais préféré qu'au lieu de racheter les activités industrielles de Tractebel, on rachète les activités électriques de Tractebel à l'étranger. Je l'ai dit cent fois! En pratiquant ainsi, on aurait fait d'Electrabel un joueur mondial sur la scène de l'électricité.

L'opération apparaît comme financière avant tout...

Beaucoup d'argent va remonter en Tractebel. Ne connaissant pas la destination de ces fonds, et pour cause, je crains avec de sérieuses raisons que ceux-ci, après être restés en Tractebel, vont remonter en maison-mère pour améliorer la situation de trésorerie de Suez. J'y vois dès lors une perte de substance pour le pôle énergétique de Suez qui va servir à renflouer la maison-mère et ses autres pôles. Le cash va fuir. Cela constitue une perte à tout jamais. C'est extrêmement dommage.

N'étant plus actif dans le secteur et n'osant plus prétendre le connaître, j'ai appris avec grand étonnement aujourd'hui qu'Eon, le grand concurrent allemand d'Electrabel, avait décidé de sortir de ses activités de services industriels.

Auriez-vous accepté d'envisager une opération de ce type?

Jamais! Si les deux sociétés avaient été mises ensemble, elles formeraient un géant mondial.

© La Libre Belgique 2002