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Après une première sortie l'an dernier ("LLB" du 20/10/07), Philippe Vander Putten, patron de Brussels Airlines, est revenu à la charge, ce week-end, sur le problème des pilotes dans une interview au "Morgen". Il menace de délocaliser les 450 pilotes de la compagnie aérienne vers des cieux au statut fiscal plus avantageux si le fédéral ne présente pas rapidement une diminution des charges sociales sur le personnel navigant. "Pour donner à un pilote qui habite en Belgique le même salaire net qu'un de ses collègues qui travaille pour Ryanair, j'ai des coûts salariaux de 67 pc supérieurs. C'est un grand scandale", a-t-il déclaré. D'après lui, la situation pousse des pilotes à rejoindre Ryanair qui gère son administration depuis l'Irlande.

M.Vander Putten a choisi le moment pour monter au créneau, car Bata, l'association des compagnies aériennes belges, discute cette semaine du problème avec le ministre de la Mobilité, Yves Leterme (CD & V). Elle avait déjà réclamé en 2007 ("LLB" du 16/05) une prolongation de l'exemption sur les cotisations supplémentaires dont bénéficie le personnel navigant. Secrétaire général de l'Association belge des pilotes (BeCA), Pierre Ghyoot voit dans la sortie de Philippe Vander Putten une sorte de pression et un appel pour dire que le secteur va mal et a besoin de soutien. Il partage ce dernier constat, mais il indique que la délocalisation est une solution à courte vue. "Délocaliser les pilotes sous d'autres cieux revient à y transférer aussi le siège social de la compagnie aérienne, ce qui ne sera pas facile. Il faudra leur appliquer la législation sociale de ces pays et c'est là notre crainte. Cela peut déboucher sur une dégradation des conditions de travail et des avantages en matière de pensions", explique Pierre Ghyoot.

D'autres ont déjà essayé

Il rappelle que la législation belge permet aux pilotes de bénéficier d'un temps de repos plus long et d'une pension complète tout en cotisant durant 30 ans (à l'instar des mineurs, des marins et des journalistes) au lieu de 45 ans pour les autres travailleurs.

Il reproche à Philippe Vander Putten et à Bata de "comparer des pommes et des poires" sur le plan fiscal. "Délocaliser les pilotes signifie qu'ils doivent supporter des frais supplémentaires (assurances, pensions complémentaires, communications téléphoniques avec des proches, etc). Si on tient compte de tous ces frais, il n'y a qu'un gain de 10 à 15 pc. On est loin de l'écart entre 8-10 pc d'impôts ailleurs et 45 pc en Belgique", dit-il. Il invite les compagnies à se battre plutôt pour des mesures susceptibles d'améliorer leur rentabilité, notamment un calcul plus avantageux des amortissements et des aides à l'investissement. Il suggère une action au niveau européen pour une réduction de l'impôt (IPP) des pilotes comme l'Europe l'a fait pour les marins (environ 6 pc). A l'époque de la Sabena, ses dirigeants (Pierre Godfroid, etc.) avaient aussi tenté de délocaliser les pilotes vers le Luxembourg, Cargo B, la nouvelle compagnie aérienne de fret de Rob Kuijpers, l'ex-patron de SN Brussels Airlines aussi. Mais ils ont renoncé à cette piste en raison des difficultés.

(Avec Belga)