Entreprise

La mutation de la Biac entreprise gestionnaire de l'aéroport de Bruxelles-National en une société cotée en bourse risque bien de ne pas passer comme une lettre à la poste. Pour mémoire, le contrat de gestion qui lie l'entreprise autonome semi-publique à l'Etat prévoit expressément son introduction en Bourse pour la deuxième partie de 2001. Reste néanmoins un obstacle majeur à l'opération: celui de la concession des terrains de Bruxelles-National.

À LA HOLLANDAISE

Pour la direction de la Biac, leur liberté d'exploitation serait gage de stabilité et de crédibilité auprès de futurs investisseurs. Aujourd'hui, les terrains exploités en droit d'emphytéose ou de superficie appartiennent toujours à l'Etat belge et sont sous la tutelle du ministère des Transports. Or, chez Biac, on verrait d'un bon oeil une solution à la hollandaise. A la veille d'une introduction en bourse, l'aéroport de Schipol (Amsterdam) a en effet reçu une licence d'exploitation à durée indéterminée des terrains. «Nous serions favorables à une forme de licence qui serait soumise à des conditions d'exploitation»

. Une option qui semblerait avoir trouvé un écho similaire chez Rik Daems, ministre des Entreprises et participations publiques, qui, d'après nos informations, aurait présenté, hier en kern une formule dite «a remere», soit une vente des terrains mais avec possibilité pour l'Etat de les racheter en cas de non-respect des conditions assorties à la cession. La proposition n'aurait pas suscité l'enthousiasme de tous, notamment celui d'Isabelle Durant, la ministre des Transports, or la décision doit faire l'objet d'un consensus gouvernemental. Cette opposition ne serait pas neuve, depuis octobre le dossier d'une cession des terrains à la Biac ne cesserait de faire des aller-retours en intercabinet.

RÉTICENCES

Au cabinet des Transports, tout en se déclarant nullement opposé à la privatisation de Biac, on ne cache pas de grosses réticences sur la forme, notamment de nature institutionnelle. «Céder les terrains à la Biac revient à dire que l'entreprise devra introduire ses permis d'exploitation à la région flamande sur laquelle se trouve Bruxelles-National. En d'autres termes, cela signifie que l'aéroport perdrait son statut fédéral»

. Par ailleurs, estiment certains, une privatisation totale de la Biac pour l'heure l'Etat belge en possède encore 63,5pc impliquerait une proposition «nettement plus claire sur les responsabilités d'ordre réglementaires comme la sécurité, les quotas de bruit, les redevances aéroportuaires ou encore l'environnement». Last but not least, la valorisation des terrains telle qu'estimée par le Comité d'acquisition du ministère des finances ne ferait pas l'unanimité. «Leur prix est calculé sur base de leur affectation, mais certains terrains sont vraiment sous-évalués comme ceux estimés à 100 FB du mètre carré». Un «cadeau» que d'aucuns se voient mal offrir à certains actionnaires privés de la Biac.

POMME DE DISCORDE

Bref, ce délicat dossier se profile comme une énième pomme de discorde gouvernementale, dès lors que certaines composantes ne s'estiment «pas assez rassurées par la proposition de Rik Daems»

. Du côté de l'intéressé, tout irait au contraire pour le mieux. Le ministre aurait même reçu mandat pour conclure le dossier, voire «mettre la pression pour accélérer la procédure». A suivre.

© La Libre Belgique 2000