Bulle ou rattrapage ?

Patrick Van Campenhout Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

Les marchés d’actions restent globalement positifs ces dernières semaines, en dépit d’indicateurs parfois inquiétants sur le redressement des économies. Des économies ? Oui, parce que l’Asie et les pays émergents en général ont déjà retrouvé le dynamisme économique qui fait défaut en Europe et aux Etats-Unis. De l’autre côté de l’Atlantique, on commence d’ailleurs à observer les faiblesses des mesures temporaires de relance de l’activité. Leur principal défaut est d’être temporaires, évidemment. A preuve, le coup de frein inattendu aux mises en chantier et aux demandes de permis de bâtir en octobre aux Etats-Unis, un mouvement lié aux craintes d’une suspension des aides fiscales aux ménages désireux d’acquérir un premier logement. Par contre, le secteur automobile est toujours soutenu par les primes à la casse. Jusqu’à quand ?

Pendant ce temps, les valeurs cotées grimpent et grimpent encore. Bulle ? Les Cassandre ne se privent pas de souligner qu’une partie des opérations spéculatives qui animent le marché des changes est basée sur l’afflux de liquidités auxquels les banques s’abreuvent, profitant de taux proches de zéro pour cent. De là à dire que c’est sur cette base que les spéculateurs pratiquent le "carry trade", empruntant en devises fortes à taux bas pour réinvestir en actifs risqués, il n’y a qu’un pas. La vision prospective que l’on peut avoir sur cette base est claire : lorsque les banques centrales adopteront une politique monétaire moins accommodante, elles sonneront aussi la fin de la curée spéculative, et le renversement brutal de ces positions. Risqué ?

Encore faut-il circonscrire les créneaux de marché artificiellement survalorisés. En l’occurrence, les actions d’entreprises cotées le seraient partiellement sur base de leurs estimations bénéficiaires, mais on n’en est qu’aux balbutiements de la reprise, et ce phénomène serait compréhensible. Et puis, en Bourse comme dans la vie réelle des entreprises, les opérateurs ont tendance à se référer en termes de normalité aux niveaux d’avant la crise. Et sur les marchés d’actions, en dépit de l’analyse qui est faite sur base des prestations sur l’année en cours ou depuis le creux boursier du printemps, les indices n’ont jamais fait que récupérer la moitié du terrain perdu en 2008 et au début de cette année. Cela étant, la question lancinante qui se pose sur la reprise en cours est de savoir si le mouvement de redressement actuel, alimenté par les plans de relance, ne va pas capoter sur la chute de la consommation des ménages sur des craintes liées à l’explosion du chômage. A moins d’une nouvelle vague de programmes de relance axés sur le maintien de l’emploi Mais les Etats, après les entreprises, commencent seulement à financer leurs plans économiques, à l’exemple de la France qui compte d’ailleurs placer son "grand emprunt" de quelque 35 milliards d’euros auprès des professionnels, pour ne pas devoir payer le taux trop lourd qu’exigerait le public.

Les entreprises aussi continuent de récolter des fonds pour assurer sans encombre la poursuite de leurs investissements courants. C’est le cas de Fluxys qui a ratissé le marché en émettant une obligation sur 6 ans, à un taux de 4,125 %, un peu chiche, mais rapidement captée par les investisseurs institutionnels. La société ne bénéficie par d’un rating classique, mais ses activités en font un débiteur de premier choix, la demande de gaz liquéfié progressant au fil du temps, notamment en provenance des producteurs d’électricité. L’emprunt sera coté à la Bourse de Bruxelles où ce segment poussiéreux pourrait être mieux exploité, au bénéfice des petits investisseurs, en raison de ses qualités de transparence.

Les résultats des sociétés cotées restent aussi corrects qu’on pouvait l’espérer, ce qui soutient également la cote. Ainsi, on attendait les chiffres de KBC et l’approbation de son plan de cessions par la Commission européenne. Et "on" a été satisfait sur ces deux points, même si le groupe doit faire sérieusement machine arrière sur son principal axe de développement à l’international en allégeant ses positions à l’Est. Les perspectives à ce propos restent toujours moins claires chez Dexia qui devrait aussi réduire la voilure.

Notre marché bruxellois a enfin frétillé sur les résultats annoncés par des entreprises devenues plus légères en Bourse au fil de la conjoncture, comme Systemat qui a publié récemment des résultats maigres, mais positifs, et qui assure être positionnée au mieux pour le temps de la reprise. C’est d’autant plus vrai que pour le moment, Systemat réussit à rafler de beaux contrats auprès des institutions belges et européennes. Le titre a grimpé en Bourse, entraînant à sa suite celui d’Econocom qui œuvre dans le même secteur.

Enfin, ne passons pas sous silence les soucis de l’après-crise, avec ce client de la banque Degroof qui a assigné la banque privée en justice, comme l’a révélé "La Libre" cette semaine. Ce particulier reproche à Degroof de l’avoir encouragé en octobre 2007 à concentrer son patrimoine sur le titre Fortis, en dépit de son profil de risque conservateur et de son manque de connaissance et d’expérience en matière financière. Un cas malheureux ? Quel gestionnaire présent en Belgique peut assurer n’en avoir jamais connu ? Mais dans le monde des grosses fortunes, on n’aime guère la mauvaise publicité. Il y a pourtant dans ce cas des leçons à tirer qui seront profitables à bien des investisseurs.

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