Entreprise On le sait peu mais le caddie que nous poussons dans les allées des supermarchés est né en Alsace en 1957.

L’histoire aux allures de saga familiale débute dans les années vingt avec la petite entreprise fondée par Raymond Joseph, ajusteur de formation, qui décida de voler de ses propres ailes en installant ses "Ateliers réunis" à Schiltigheim, en proche banlieue strasbourgeoise. Y étaient fabriqués des petits objets en métal tels que mangeoires pour poussins, paniers à salade, chaînes de vélo... "Autant de produits fabriqués en ‘tressant’ les fils de métal car le fer à souder n’existait pas encore", raconte Stéphane Dedieu, ancien directeur général de Caddie s.a. Vint la guerre, la fuite de Raymond Joseph, juif, dans la région lyonnaise et la confiscation de son entreprise récupérée une fois la paix revenue.

Voyage aux Etats-Unis

"Raymond avait un neveu, Marc, diplômé de HEC à qui il paya un MBA aux Etats-Unis et qui lui parla de l’essor des magasins ‘libre service’ outre-Atlantique." Le patron des "Ateliers réunis" voulant diversifier sa production, les deux hommes partirent prendre le pouls de ce qui se passait là bas en assistant à des conférences organisées par la NCR - National Cash Register -, société productrice de caisses enregistreuses. "Dans l’auditoire français, poursuit Stéphane Dedieu, se retrouvait tout ce qui allait devenir le gratin de la grande distribution hexagonale : les Fournier-Defforey qui allait créer Carrefour, les Guichard, à l’origine du groupe Casino, les Leclerc, les Mulliez du groupe Auchan. Tout ce petit monde a discuté et les Joseph ont proposé de ‘faire des choses pour les autres’ en se spécialisant dans les chariots."

Ce fut chose faite en 1957 avec le dépôt légal de la marque sous différentes orthographes dans quelque 130 pays. Un fait qui n’a rien d’anodin car, si au fil du temps, le mot "caddie" est devenu générique et remplace souvent "chariot de supermarché" dans le vocabulaire courant, on ne peut l’utiliser impunément. "Libération" ainsi que "Le Figaro" l’ont appris à leurs dépens pour l’avoir fait dans des articles et Volkswagen doit s’acquitter de royalties après avoir décidé en toute connaissance de cause d’appeler l’un de ses utilitaires la "Volkswagen caddy".

Aussi pour l’hôtellerie

Marque reconnue, Caddie n’en a pas moins subi des revers, comme l’explique Frank Becker, directeur adjoint de l’Agence de développement économique du Bas-Rhin (ADIRA). "Société leader, forte d’un ‘trésor de guerre’, Caddie s’est endormie et n’a sans doute pas réagi à temps lorsque la mondialisation s’est accélérée. Les pertes se sont creusées à la fin des années 1990, entamant les réserves dans une spirale infernale."

Aujourd’hui reprise par Altia KDI, la société est restructurée et centralise sa production sur le site de Drusenheim, renonçant ainsi aux locaux historiques de Schiltigheim. De nouveaux produits sont en préparation, parmi lesquels le caddie "Wind" pour les supermarchés et le "Lotus" pour l’hôtellerie car la marque propose depuis l’origine des chariots spécifiques pour ce secteur ainsi que pour celui des hôpitaux.

Caddie prend désormais le virage du plastique. Une impulsion - coûteuse en investissements - entamée dès les années 2000 par son challenger de l’époque devenu leader en Europe, Wanzl, établi à Sélestat, également en Alsace. "Alice, la fille adoptive de Raymond Joseph, qui a pris la tête de la société en 1984 s’y était refusée, raconte Stéphane Dedieu. Mademoiselle Joseph, comme nous l’appelons tous, a perpétué l’esprit de son père jusque dans sa grande proximité avec le personnel et pour elle, adopter le plastique aurait été trahir la mémoire de l’ancien ouvrier du métal, fondateur de l’un des fleurons de l’histoire industrielle alsacienne."