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Un des phénomènes économiques majeurs des dernières années est l'écart des taux de croissance et de bien-être des divers pays de l'OCDE. Quoique dans le passé les économistes se limitaient à trois facteurs de production (la terre, le travail et le capital physique), ils considèrent maintenant le capital humain et, de plus en plus, le capital social comme notions utiles pour comprendre le rôle que jouent l'éducation, la formation et les réseaux dans le développement social et économique.

Qu'entend-on par les concepts de capital humain et capital social? Selon les experts, l'éducation, l'apprentissage, la formation en entreprise et la santé font partie des composants du capital humain. À l'encontre du capital humain, qui réside dans les individus, le capital social réside dans les relations et les réseaux qui contribuent à atteindre des objectifs communs. Les sources du capital social sont multiples se constituant à l'échelle des familles, des écoles, des communautés locales, des entreprises et des entités administratives et autres institutions nationales ou intranationales.

Par ailleurs, le capital humain et social ne fonctionne pas en isolation. Les institutions peuvent jouer un rôle important en créant un environnement favorable dans lesquelles le capital humain et le capital social sont ancrés et fonctionnent. Ces institutions et ces conditions soutiennent les activités commerciales et la vie civique et forment le cadre dans lequel le capital humain et le capital social contribuent à l'obtention de divers résultats. Ces interactions positives peuvent effectivement jouer un rôle important au niveau économique.

Au-delà des incidences pécuniaires importantes pour les individus, des nouvelles recherches de l'OCDE révèlent qu'une année d'études supplémentaire aboutit à un accroissement de la production par habitant de 4 à 7 pc dans les pays. Certains constats laissent également entrevoir des avantages économiques au capital social. En fait, une grande partie de l'activité économique et sociale repose sur des relations de confiance entre personnes et sur des normes de confiance entre institutions. La confiance et l'engagement réciproque peuvent réduire les coûts de transaction et renforcer le flux d'information et de savoir, ce qui aura des avantages secondaires : stimulation de l'épargne, de la prise de risques et de l'investissement. Prenant par exemple l'impact économique remarquable de Silicon Valley, les réseaux présentent l'avantage de favoriser la prise de risques, l'innovation et la créativité. Pour les individus, les réseaux peuvent constituer une aide précieuse pour partager l'information sur le marché du travail - notamment pour repérer les nouvelles possibilités

Le capital humain et social semble également contribuer au bien-être général. Par exemple, ils présentent des avantages tels qu'une plus forte participation à la vie civique, à des activités de bénévolat et caritatives, l'amélioration de la santé et du bonheur individuel, ainsi qu'une diminution des risques de criminalité et de délinquance. Quoique indirectes, ces interactions ont des effets non négligeables sur l'économie en créant un climat institutionnel et social propre à amorcer une croissance économique durable.

Quoiqu'il appert plus facile d'élaborer des politiques en matière de capital humain, ce n'est pas nécessairement le cas du capital social. En dépit de son importance, le capital social n'est pas une panacée. Le capital social est en quelque sorte un concept hybride ne pouvant être la responsabilité unique d'une entité. Cette particularité du capital social ne facilite guère le choix et la coordination des politiques appropriées. L'action publique peut être directe ou prendre la forme de partenariats, ou consister à créer un environnement favorable à leur instauration ou encore en favoriser la création et l'accès pour tous. Les amortisseurs sociaux doivent constituer un tremplin vers de nouvelles perspectives plutôt que créer des dépendances.

Marchés, associations bénévoles et institutions publiques contribuent tous à l'amélioration des performances économiques et sociales. L'environnement social, tout comme l'environnement naturel, a besoin d'être protégé et renouvelé. Si trop de gens se sentent exclus des fruits de la croissance économique ou des avantages du savoir, la cohésion sociale risque de s'éroder et les conditions nécessaires à un développement socio-économique durable risquent d'être compromises.

Collaborateur de l'OCDE, coauteur

d'un rapport intitulé: Du bien-être des nations : le rôle du capital humain et social

© La Libre Belgique 2001