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L'action Carrefour a dégringolé, jeudi à la Bourse de Paris, pour terminer au plus bas depuis plus de cinq ans, la publication de ses ventes trimestrielles ayant provoqué une rafale de critiques de la part des analystes sur sa stratégie en France. Après avoir cédé jusqu'à 12,33 pc dans l'après-midi, le titre a terminé en baisse de 8,56 pc à 31,50 euros, affichant la pire performance des valeurs vedettes, dans un marché en repli de 2,49 pc. Le plongeon du deuxième distributeur mondial est d'autant plus spectaculaire que le titre était déjà mal en point. Il affiche désormais des pertes de 40,7 pc depuis le début de l'année, contre -24,6 pc pour le CAC 40, et a retrouvé ses niveaux de mars 2003.

Carrefour recule bien plus que ses principaux concurrents, puisque Casino-Guichard n'a cédé que 8,7 pc depuis le 1er janvier, le néerlandais Ahold 11,9 pc et le britannique Tesco 22,2 pc. L'américain Wal Mart a même pris 18,9 pc, soutenu par le plan de relance de Washington. "Au deuxième trimestre 2008, les ventes alimentaires des hypermarchés français ont affiché une performance exécrable", résume Christian Devismes, analyste du Crédit Mutuel-CIC, au lendemain de l'annonce du chiffre d'affaires du groupe. Si les ventes mondiales sont "inférieures de 300 millions d'euros" aux attentes du CM-CIC, "cet écart est intégralement imputable" à la déception sur l'alimentaire en France, qui a reculé de 4,3 pc à 4,7 milliards d'euros, alors que M. Devismes anticipait "une hausse de 2 pc". La morosité des consommateurs ne constitue pas une excuse, selon Deutsche Bank, Carrefour souffrant "de problèmes spécifiques", dont la "perte d'attrait pour les grands hypermarchés, la faiblesse de l'offre en marques propres et un mauvais positionnement commercial".

Le géant de la distribution a d'ailleurs perdu des parts de marché en France, au profit de Leclerc et surtout des spécialistes du hard-discount, qui cumulent l'avantage d'être moins chers et d'être situés en centre-ville, épargnant à leurs clients des frais supplémentaires d'essence. Sévère, JPMorgan pointe une "stratégie promotionnelle en France qui semble basée sur l'improvisation", Carrefour ayant successivement décidé depuis un an d'être très agressif sur les prix, puis de limiter cet effort pour préserver ses marges.

L'analyste du CM-CIC veut cependant croire à un redressement des ventes, Carrefour ayant promis d'intensifier les promotions au second semestre et d'accélérer la transformation de certaines de ses enseignes. (AFP)