Entreprise La tension sociale ne retombe toujours pas à Caterpillar Gosselies. Suite à un constat de blocage posé mardi soir, après une longue journée de négociations avec la direction, l'usine a été mise en grève ce mercredi pour 24 heures par les syndicats ouvriers. Le personnel employé a été invité à quitter le site et des piquets de grève installés aux entrées. Les négociations entre les syndicats employés et la direction, qui auraient dû se tenir mercredi, ont été ajournées.

Ce qui coince au niveau des négociations ? Encore et toujours l'enveloppe financière pour le plan social, qui serait insuffisante selon les syndicats. "Les attentes des organisations syndicales sont énormes et très éloignées de ce que propose la direction", explique Emmanuel Chemello, permanent CSC. "Personne ne veut se résoudre à accepter le plan de Caterpillar mais il va falloir reconsidérer la façon dont les revendications sont formulées. C'est un bras de fer risqué car la mise en demeure de Caterpillar Genève de reprendre la production est là et il nous reste quinze jours pour y répondre. Il faut être pragmatique et ne pas galvauder nos chances. Nous allons donc probablement devoir nous diriger vers une négociation en commission paritaire et faire appel à un conciliateur social", ajoute le syndicaliste.

Les représentants des syndicats ouvriers CSC et FGTB se réunissent ce mercredi après-midi en fédération afin de faire le point et envisager la suite des événements. L'enjeu de répondre favorablement à la mise en demeure de la maison-mère est important. Si ses demandes (rétablissement de la production, des expéditions et de la sécurité sur le site, après l'incendie d'un engin de chantier le 6 février, ne sont pas rencontrées d'ici à début mars, Caterpillar Genève rompera le contrat qui le lie à Gosselies. Le personnel sera mis en chômage technique et le financement du plan social sera compromis.

De grosses économies grâce au système fiscal belge

Du côté du syndicat des employés CNE, on réclame aussi "une enveloppe sociale conséquente" pour les travailleurs de Caterpillar. Et on rappelle quelques chiffres du bilan financier de la multinationale en Belgique. "Le montant des intérêts notionnels perçus au détriment des finances publiques belges depuis 2006 (première année d’application de cette mesure) s’est élevé à 150 millions d'euros. Cette déduction de dépenses fictives a permis à l’UTE (Unité technique d'exploitation, soit le site de Gosselies, NdlR) de réaliser des économies réelles (en cash) de 51 millions d'euros en 10 ans. Cette somme ne concerne que les intérêts notionnels. Il n’a pas été tenu compte des autres déductions dont les sociétés établies à Gosselies ont bénéficié (tax-shelter, déduction pour investissement, récupération de pertes fiscales antérieures). Il convient toutefois d’ajouter à ce montant 14 millions d'euros supplémentaires relatifs à la dispense de versement du précompte professionnel, une mesure applicable depuis 2007.Le budget de la sécurité sociale belge a également été mis à contribution. Pour les 20 dernières années, les entités établies sur le site de Gosselies ont engrangé des réductions de cotisations sociales pour un montant global de 126 millions d'euros", écrit le syndicat chrétien dans un communiqué.

Le PS propose l'exonération fiscale des indemnités de licenciement

On a encore appris mercredi que le parti socialiste a déposé une proposition de loi à la Chambre, visant à exonérer fiscalement les rémunérations et les indemnités perçues suite à un licenciement. Le PS rencontre ici une des demandes phares des syndicats de Caterpillar Gosselies. Le montant des indemnités de licenciement (en ce compris les indemnités de congé) est actuellement soumis à l’impôt des personnes physiques. "Cela représente entre 20 et 25% de l’indemnité du travailleur licencié, un montant important sur lequel il doit pouvoir compter au moment même où il en a le plus besoin. Cela peut aussi représenter une aide précieuse pour assurer leur reconversion, passant notamment par un projet entrepreneurial nécessitant des capitaux", indique la députée PS Ozlem Ozen à l’initiative de la proposition.