Entreprise

ÉCLAIRAGE

Parmi les conséquences de la chute des marchés boursiers, on évoque régulièrement les difficultés rencontrées par le secteur financier. Toutefois, de nombreuses entreprises issues d'autres secteurs notamment celles qui gèrent leurs propres fonds de pension, pourraient aussi subir lourdement la chute du marché des actions avec d'importantes conséquences sur les résultats à venir. Ce risque que l'on évoque assez peu est pourtant bien réel selon Eric Perée, chef du Service d'études économiques et financières de la Banque européenne d'investissement (BEI). D'autant plus que l'on a vu depuis un certain nombre d'années une augmentation relativement importante des systèmes de pensions privés à côté de ceux organisés par les États.

PROBLÈME DE SOLVABILITÉ

` Les entreprises doivent normalement maintenir la solvabilité de leurs fonds de pension. Avec la vague de croissance des prix des actifs financiers, la valeur des fonds de pension augmentait plus rapidement que les engagements pris par les entreprises au sein des fonds. Dès lors, certaines sociétés n'ont plus dû contribuer à leurs fonds de pension ´, explique Eric Perée. La hausse a été telle dans pas mal de cas que bon nombre d'entreprises américaines ont pu récupérer de l'argent de leurs fonds de pension parce que ceux-ci étaient considérés comme surcapitalisés par rapport à leurs engagements.Évidemment, la situation est maintenant toute différente. ` On a des fonds de pension dont la valeur diminue alors que leurs engagements futurs en termes actuariels n'ont absolument pas changé. Pas mal d'entreprises qui ne contribuaient plus à leurs fonds de pension à la fin des années 90 grâce à la hausse de la Bourse vont devoir maintenant contribuer à nouveau ´. Et les montants en jeu sont énormes: ` On parle de dizaines de milliards d'euros. Par exemple, le fonds de pension de General Motors est égal à l'équivalent du total de ses actifs ´.

Autant dire que les résultats futurs d'un certain nombre d'entreprises risquent bien d'être sérieusement amputés par la nécessité de refinancer leurs fonds de pension. ` Cet élément va réduire la capacité des entreprises à générer des profits ´.

ENDETTEMENT

Le responsable du service d'études s'inquiète également de l'endettement des entreprises. ` Depuis 7 ans, on assiste à une croissance assez importante de l'endettement ´. Tout un temps, personne ne s'inquiétait de ce phénomène puisque la croissance des actifs financiers compensait en quelque sorte la hausse du niveau d'endettement. ` Maintenant, on se retrouve avec des entreprises qui ont des bilans fragilisés, qui doivent restaurer leur structure financière en augmentant leurs fonds propres. Mais vu le contexte, il est très difficile de procéder à une augmentation de capital sans brader les actions. Et le recours au crédit est également pratiquement impossible parce que les créditeurs eux-mêmes sont dans une situation telle qu'ils doivent exiger des primes prohibitives ´.

Enfin, la grande question qui se pose en cas de dégradation supplémentaire, c'est le rôle que peuvent jouer les autorités pour stopper l'hémorragie. ` À mon avis, les banques centrales sont prêtes à injecter des liquidités dans le système si nécessaire. Si d'aventure, les compagnies d'assurances devaient se retrouver dans l'oeil du cyclone, et comme ces dernières sont souvent liées à des groupes financiers, il y a véritablement un risque systémique qui peut se manifester. Je pense donc que les banques centrales n'hésiteront pas à prendre les mesures qui s'imposent ´.

© La Libre Belgique 2002