Entreprise

Depuis trois ans, c’est un peu le monde à l’envers pour la finance. Les mastodontes que sont des BNP Paribas, Dexia ou KBC paraissent plus fragiles que jamais à cause de la crise de la dette souveraine dans la zone euro alors qu’un grand nombre de petites institutions affichent une santé si pas resplendissante du moins solide. Faut-il en déduire qu’elles ont un modèle anti-crise imparable ? Nous nous sommes posé la question en scrutant cinq établissements en Belgique. Cet échantillon disparate n’est certainement pas exhaustif mais vise à montrer que le métier de banquier n’est pas forcément sinistré. Cela va du modèle "durable" prôné par Triodos au credo très entrepreunial flamand avec une "offre sur mesure" d’Argenta en passant par le tout internet de Keytrade ou la logique très sociale de Credal ou de proximité de CPH (axée sur le Hainaut).

A toutes les cinq, on a soumis le même questionnaire. Les réponses reprises ci-contre sont donc leurs réponses. On voit qu’une Argenta estime ne pas avoir de désavantage par rapport aux grandes banques alors que Triodos ou Credal reconnaissent qu’elles ne peuvent pas offrir les services liés à un compte-courant (avec notamment les cartes de paiement). Sans être coté, Argenta a aussi ouvert son capital à des clients et agents (et remet ça cette année). Ce qui lui a permis de lever 139 millions d’euros.

Il est aussi frappant de voir que dans ses règles de gouvernance, Keytrade met l’accent surtout sur des arguments commerciaux (tels qu’être l’"alternative aux grandes banques") alors que Triodos est plus dans des concepts de "gestion éthique" de la finance.

Tout en étant très différentes, ces cinq institutions ont comme point commun d’avoir des dépôts et un bénéfice en croissance sauf l’une ou l’autre année pour certaines d’entre elles. Le bénéfice d’Argenta est ainsi tombé de 94 à 47 millions de 2007 à 2008. La banque anversoise l’explique par les "circonstances de marché" qui ont entraîné une diminution des revenus. Et d’insister qu’il n’y pas d’"éléments exceptionnels" comme en ont connu les grandes banques avec les provisions à coup de dizaine de milliards sur leurs investissements dans des produits toxiques. On découvre aussi qu’Argenta est quand même tributaire du marché interbancaire. Ce qui peut être, dans le contexte actuel, un élément de fragilité.

CPH et Argenta sont les deux institutions qui ont sans doute le moins de différences par rapport aux grandes banques. Ce qui peut d’ailleurs être "problématique", souligne Nicolas Claeys, analyste chez Test-Achat Invest. Car avoir une "place médiane dans le secteur est difficile". Se posera la question de savoir si elles ont "un positionnement suffisant pour subsister à l’avenir", poursuit Nicolas Claeys.

Keytrade a aussi vu ses bénéfices baisser de 2007 à 2008 (de 16,6 à 10,2 millions d’euros). Mais à entendre la filiale du Crédit agricole, il n’y a rien d’inquiétant. "Lors de la première crise financière de 2009, nous avons pris des provisions par prudence. Ces provisions ont pour une bonne part pu être reprises en 2010", explique Olivier Debehogne, le directeur marketing.

Autre point : à quoi sont utilisés les dépôts de 1,9 milliard (qui reprend mais pour des montants marginaux les branches au Luxembourg et en Suisse) ? Ils sont réinvestis dans un "portefeuille financier de qualité", essentiellement constitué de dette belge. Une réponse rassurante pour ceux qui sont convaincus qu’il n’y aura pas d’éclatement de la zone euro. Le choix tout Internet de Keytrade ne va-t-il pas aussi être un jour un frein à sa croissance surtout vu la concurrence dans ce créneau ? C’est peut-être la question que se pose son actionnaire, le Crédit agricole, qui serait vendeur, dit-on.

La succursale belge de Triodos a, elle, connu un petit fléchissement en 2010 mais en raison de provisions dans le secteur de la biomasse. C’est que le renouvelable peut aussi avoir ses ratés.

S’il fallait tirer une leçon de ce petit sondage, c’est que chacune de ces institutions a compris qu’il y a moyen de tirer avantage des faiblesses avérées des grandes institutions. C’est la revanche des plus petits sur les grands. Mais aussi, dans certains cas repris, des plus vertueux, sur les plus vénaux.