Entreprise

On les présente comme le Yin et le Yang. L’un, Josef (53 ans), Jef pour les intimes, est visionnaire, tandis que l’autre Franciscus (52 ans), ou Frans, est plus pragmatique. Ils ont tous les deux fréquenté la même école et se connaissent "sur le bout des doigts" . "On sent les choses de la même manière", expliquent presqu’en chœur les deux cousins Colruyt. Depuis septembre, ils forment surtout un duo à la tête de la direction opérationnelle du groupe de distribution Colruyt. Jef Colruyt (le fils de Jo, l’ancien patron) demeure président du conseil d’administration et président du conseil de direction, tandis que Frans Colruyt prend la direction des activités de commerce de détail du groupe qui compte près de 25000 collaborateurs.

On reste dans la norme : les affaires se font toujours en famille chez les Colruyt, depuis 1950 et la création de l’entreprise par Franz, le grand-père de Jef.

Ce dernier explique qu’il se sentait "un peu seul" à la tête du groupe. Encore fallait-il convaincre Frans, son cousin, alors directeur de Spar Retail (qui fait partie du groupe Colruyt) de le rejoindre un étage plus haut. Or celui-ci était en plein doute existentiel. "J’ai pris quelques mois de congé pour me ressourcer, explique le plus jeune des cousins. J’avais besoin de savoir ce que je voulais exactement faire du reste de ma vie. Et puis, alors que je marchais vers Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne, cela m’est tout d’un coup apparu très clair. J’avais envie de réaliser quelque chose avec Jef, m’impliquer davantage dans la gestion de Colruyt. Je lui ai directement envoyé un SMS en lui disant : on va le faire."

C’est connu dans le milieu de la presse, les cousins Colruyt aiment parler philosophie et valeurs de vie. Ils le feront durant la grande partie de l’entretien accordé, hier, à plusieurs journalistes. "J’ai toujours voulu créer et ce job me permet de le faire en permanence, explique Jef. On veut faire du commerce différemment", rajoute Frans.

Mais les chiffres ne sont jamais loin. Et la polémique sur une entente des prix qui secoue actuellement plusieurs distributeurs, dont Colruyt (voir nos éditions précédentes) ne peut être esquivée. "Nous sommes droits dans nos bottes et n’avons rien à nous reprocher, explique Frans. N ous avons toujours agi correctement", surenchérit Jef, qui attend que l’affaire se règle au tribunal avant de davantage s’exprimer. L’image de Colruyt pourrait toutefois avoir été écornée par cette enquête. "C’est vrai que beaucoup de nos clients nous posent des questions", admet Jef. Pour le reste, le groupe "va très bien". Il a terminé l’exercice 2011-2012 sur un chiffre d’affaire de 7,8 milliards d’euros (+8%).

Le groupe a aussi continué son expansion à l’international en ouvrant son cinquantième magasin Colruyt en France, un marché que les deux dirigeants désirent désormais "stabiliser".

Ils prévoient d’autres ouvertures en Belgique, même si la crise économique frappe toujours autant les foyers. "Les périodes à venir s’annoncent très riches en défis, mais nous sommes convaincus que notre recherche de la qualité et notre stratégie des prix les plus bas pourront faire la différence", avance Jef. Frans approuve.