Colruyt voit gros

PAR SANDRINE VANDENDOOREN Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

ÉCLAIRAGE

Atentif à ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, le groupe Colruyt a décidé de ne plus miser uniquement sur les consommateurs particuliers, la cible naturelle de tout bon distributeur. Il s'attaque aussi désormais aux collectivités (entreprises, écoles, hôpitaux, crèches, armée, horeca, etc).

C'est en France, via sa filiale Ripotot acquise en 1996, que le distributeur de Hal a appris ce qu'il considère comme un «nouveau» métier.

La chaîne de magasins (Colruyt et Coccinelle pour les particuliers et Codi-Cash pour les professionnels), implantée dans le nord-est de l'Hexagone, développe en effet une activité «services aux collectivités». En novembre dernier, le groupe de Jef Colruyt est passé à la vitesse supérieure en rachetant la société Doumenge, la plus grande société indépendante active en France dans ce secteur. À présent, le distributeur belge ne cache plus ses ambitions. «Nous voulons devenir un acteur important sur ce marché en France», affirmait récemment Jef Colruyt, le grand patron du groupe de distribution, lors d'un voyage de presse à Bordeaux.

«Notre objectif est de créer en France, autour de Doumenge, un réseau d'entreprises indépendantes actives dans les services aux collectivités. L'idée est de garder les spécificités locales et régionales», explique Dries Colpaert, le directeur général de Colruyt France. Ce marché - mieux connu dans le jargon sous le nom de foodservice - est en pleine croissance. «Les gens mangent de plus en plus à l'extérieur de leur domicile», constate Dries Colpaert.

Rien d'étonnant à ce que les grands groupes de distribution aient déjà posé, depuis belle lurette, leurs pions dans ce créneau prometteur. En France, ce marché est dominé par Prodirest, filiale de Carrefour et Aldis, filiale du géant allemand Metro. D'après Colruyt, la restauration collective et commerciale en France représente un chiffre d'affaires de 259 milliards de FF (1605 milliards de FB). Et à elle seule, la restauration collective ou sociale (entendez: les hôpitaux, les maisons de repos, les cantines scolaires, l'armée, etc) pèse près de 40 milliards de FF (248 milliards de FB). C'est dans ce créneau que Colruyt entend surtout se faire un nom. Le groupe estime qu'à côté des deux grands (Prodirest et Aldis), il y a encore un grand nombre de petites sociétés indépendantes. «Ce marché est en pleine consolidation, notre intention est de procéder à de nouvelles acquisitions pour couvrir géographiquement toute la France», relève Jef Colruyt. Actuellement, la société Doumenge - implantée dans le sud-ouest de la France- réalise un chiffre d'affaires de 700 millions de FF (4,3 milliards de FB) avec 350 personnes et la branche «collectivités» du groupe Ripotot pèse 400 millions de FB. Des montants que Jef Colruyt espère rapidement voir doubler. Aujourd'hui, le groupe développe déjà des synergies entre ses deux filiales françaises, notamment sur le plan des achats, mais celles-ci devraient s'amplifier avec la mise sur pied d'un groupement d'achat commun baptisé «Pro à Pro Distribution», prévue pour la fin de l'année.

La diversification dans le service aux collectivités ainsi amorcée par Colruyt fait clairement partie des nouveaux relais de croissance du groupe. L'objectif à terme est de faire de cette activité le quatrième pilier du groupe, à côté des pôles distribution (Colruyt), informatique (Dolmen) et imprimerie (Druco). «La distribution aux collectivités est un gros marché. Elle pourrait assez rapidement représenter 10 pc de notre chiffre d'affaires (soit 10 milliards de FB, Ndlr)», estime Jef Colruyt.

Colruyt>Le distributeur entend dès lors développer cette activité aussi sur son marché domestique, via Collivery, sa filiale de livraison à domicile. «Nous avons toujours eu dans les magasins Colruyt un assortiment destiné aux grandes cuisines comme les établissements horeca ou les mouvements de jeunesse, par exemple. Ce qui est nouveau c'est la livraison à domicile», commente Dries Colpaert.

Finalement, en Belgique, Colruyt a décidé de se lancer seul sur ce marché. L'an dernier, il a manqué une belle occasion de devenir d'un seul coup le leader de ce marché. La société carolorégienne Mea-De Wilde-De Loore, numéro un de la distribution alimentaire aux collectivités, était à vendre. Et c'est finalement le groupe Ahold - très actif dans le foodservice aux États-Unis -, qui via sa filiale Deli XL, a raflé l'entreprise hennuyère. Malgré cela, Colruyt est convaincu qu'il peut prendre sa place avec Collivery. Ce service (opérationnel pour l'heure uniquement à Bruxelles et à Gand) n'en est encore qu'à ses débuts mais des négociations sont en cours avec des entreprises (IBM et KBC) et Collivery bénéficiera de meilleures conditions d'achat dès que la centrale d'achats Pro à Pro Distribution sera mise en place. Une chose est sûre: fidèle à sa réputation, la direction de Colruyt n'a nullement l'intention de brûler les étapes. «C'est un projet que nous développons pas à pas car le marché des collectivités est très différent de celui de la grande distribution. On parle ici de conditionnements de 20 kg à 40 kg pour un paquet de pâtes, par exemple», souligne M. Colpaert.

Ce projet de diversification est globalement bien perçu par les analystes financiers qui y voient une opportunité pour le distributeur d'assurer sa croissance future. Mais comme le regrette Maud Watelet, analyste chez Vermeulen-Raemdonck, «dommage que la direction soit si prudente dans le développement de ses nouveaux projets. Elle devrait rapidement procéder à d'autres acquisitions pour acquérir une certaine taille sur ce marché».

© La Libre Belgique 2001

Publicité clickBoxBanner