Comment s'adapter aux structures collaboratives ?

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Entreprise

Une chronique de Martin Mahaux, UNamur, chercheur, cofondateur "Talkin' To Me" et "Deep Co". 


Qu’ont donc en commun l’économie pair-à-pair, la permaculture, les imprimantes 3D, le logiciel libre et l’improvisation théâtrale ? Tous illustrent la "transition collaborative". Nous l’appelons ainsi car elle propose de remplacer les structures hiérarchiques, centralisées et mises en compétition, par des réseaux autogérés, décentralisés et collaborants. Face à l’impasse du tout-à-l’individuel, ces nouvelles structures tentent de réconcilier l’individu et le groupe, le privé et le commun, la liberté et la responsabilité.

Dans les entreprises, cette transition se manifeste par de nombreux chamboulements, en cours ou annoncés : les modèles d’affaires et leurs chaînes de valeur sont mis sens dessus dessous, les organigrammes sont aplatis voire dissous, les jeunes cherchent du sens et papillonnent, les clients deviennent parties prenantes, etc. On parle volontiers d’entreprise libérée, de cocréation, d’uberisation, d’innovation ouverte, etc.

Voilà donc de quoi semer le trouble dans la plupart des organisations, même si certaines s’en enthousiasment déjà. En tout cas, s’adapter rapidement et profondément sera souvent une question de survie pure et simple. Mais il s’agit aussi de saisir une opportunité unique de redonner du sens à ce que nous faisons, de réenchanter l’entreprise et, par effet de contagion, de responsabiliser quelque peu une humanité en crise dans son éco-système. C’est la mission que s’est donnée "Deep Co", spin-off de l’Université de Namur, qui accompagne les organisations dans leur transition.

En effet, il y a beaucoup de pain sur la planche. Sur au moins quatre plans (les états d’esprit, les compétences, les cultures, les structures), tout est à revoir. Il faudra travailler en bonne synchronisation, petit à petit, dans l’action. Dans la confiance aussi, car le trajet est à l’image de la destination : on ne commande plus vraiment ce nouveau monde organique, on ne prévoit que très peu, on y va à l’aveuglette. Il faudra travailler sans espérer une réponse toute faite, sans un bon dogme qu’il suffira d’appliquer à grands coups de consultance. Il faudra trouver les réponses dans l’organisation même. Chercher, en collaborant, comment collaborer…

Si vous aviez déjà entendu parler d’imprimantes 3D et du lien avec une nouvelle économie, l’improvisation théâtrale, par contre, semble un peu incongrue dans ce paysage, non ? Pourtant, à y regarder de plus près…

L’impro est une discipline qui enlève au théâtre le concept de chef qui décide (le metteur en scène) et de scénario préétabli (le texte). Il ne reste donc plus que des acteurs qui vont devoir coconcevoir et cointerpréter, dans l’instant, un spectacle. C’est donc la quintessence de la collaboration, de l’agilité. Elle a donc tout à voir avec la transition qui nous occupe. Elle a fait l’objet d’une longue étude à la faculté d’informatique de l’Université de Namur, où nous avons voulu voir comment l’appliquer dans des contextes de développement de logiciels.

L’impro repose sur des mécanismes clairement définis et propose des exercices pour les intégrer, formant un outil pédagogique formidable pour les équipes agiles. Elle permet de construire des histoires ensemble, ce qui en fait un excellent outil de conception participative. La thèse académique aura démontré la théorie, la seconde spin-off, "Talkin’ To Me ?", doit maintenant l’appliquer : avis à ceux qui ne veulent pas louper le train de la révolution en cours !