Entreprise

La réunion de conciliation au siège de Brussels Airlines entre les représentants des pilotes et la direction de la compagnie aérienne a été suspendue peu après 12h00 et reprendra vers 15h00 lundi après-midi, a-t-on appris auprès des syndicats. 

Les négociations sont "difficiles", a confié un représentants des travailleurs participant à la réunion, alors que l'entreprise connait lundi son deuxième jour de grève en seize ans d'existence. Les syndicats ne souhaitent pas s'exprimer sur le contenu des propositions formulées lundi matin par la direction aux pilotes. Celles-ci devraient porter sur les salaires, un meilleur équilibre entre vies privée et professionnelle et sur les pensions.

Ces trois points suscitent en effet un mécontentement important des pilotes. De nombreux grévistes parmi eux étaient d'ailleurs présents devant le siège de Brussels Airlines, à Diegem, lundi afin de manifester leur désaccord avec les propositions qu'ils ont reçues jusqu'à présent. Aucun n'a toutefois souhaité s'exprimer devant la presse car de telles communications leur sont interdites, sous peines de sanctions, expliquent-ils.

Les pilotes veulent avoir des rythmes de travail moins lourds, notamment en termes de temps de récupération. Ils préconisent dès lors une trentaine d'engagements supplémentaires.

"Les équipages assurent de plus en plus de vols chaque jour, avec parfois des escales nocturnes à l'étranger. Et depuis quelques années, on nous demande encore d'assurer plusieurs vols après cette nuit passée loin de chez nous", illustre Luc Martin, délégué CNE représentant le personnel navigant.

A des plans de vols déjà très chargés sont venus s'ajouter des liaisons charters vers des destinations assez lointaines (loisirs) qui font suite à la reprise d'une majorité des activités de la compagnie aérienne Thomas Cook Airlines Belgium, ajoute le syndicaliste. Ceux-ci ont souvent lieu tôt le matin et vont de pair avec un décalage horaire, relève-t-il.

Les pilotes veulent également voir leurs salaires revus à la hausse. Lorsque la compagnie a traversé une période de fortes turbulences au début des années 2010, ils ont accepté de réduire leurs rémunérations d'environ 30%. Ils entendent désormais récupérer ces montants.

Enfin, sur le sujet des pensions, les pilotes voudraient que leur métier soit reconnu comme pénible et que cela leur donne le droit à arrêter de travailler avant l'âge de 65 ans (et bientôt 67). Ils souhaiteraient également revenir au système d'auto-financement de leurs retraites, qui prévalait jusqu'en 2012 et leur permettait la prépension dès 55 ans mais qui a, depuis lors, été supprimé.

Mercredi aura justement lieu une manifestation interprofessionnelle contre la politique de pensions du gouvernement fédéral. L'arrêt de travail qui est prévu ce jour-là est d'ailleurs maintenu, a affirmé Didier Lebbe, secrétaire permanent CNE. Il rappelle que 80% (BIEN: 80%) des pilotes s'étaient montré favorables, la semaine dernière, à cette double grève. Le personnel navigant affilié au syndicat chrétien rejoindra en outre le mouvement de mercredi.

"Ce sont les Ryanairs de ce monde qui tirent les prix des billets vers le bas. Cela a ensuite un effet sur nos conditions de travail, qui suivent le même mouvement", constate encore Luc Martin.

Quelque 75% des vols de la compagnie étaient annulés lundi et le même chiffre devrait être d'actualité mercredi. Le reste des liaisons est assuré, essentiellement vers des destinations loisirs. La situation est calme à l'aéroport, à en croire Brussels Airlines.

Au total, plus de 60.000 passagers sont concernés par les potentielles annulations de près de 600 vols sur les deux jours. Chaque jour de grève coûtera 4,7 millions d'euros à la compagnie.

Certains passagers regrettent la mauvaise communication de Brussels Airlines.

David et Arne devaient se rendre à Göteborg en Suède. "Brussels Airlines nous a trouvé une solution via Stockholm, mais nous aurons quatre heures de retard par rapport à notre vol initial. On s'en sort plutôt bien : je m'attendais à ce qu'il y ait un kilomètre de file devant les guichets de la compagnie et honnêtement cela va très vite. Nous avons bien fait de venir car Brussels Airlines communique très mal. Sur son site, qui n'a plus été actualisé depuis vendredi, elle évoque toujours une grève "possible". Ce n'est pas professionnel". Les deux Suédois étaient en Belgique pour assister à une course automobile sur le circuit de Mettet. "Nous avons des amis qui sont venus avec Ryanair via Charleroi et ils se sont bien moqués de nous et notre billet bien cher via Bruxelles !"

François, arrivé du Cameroun très tôt ce matin, se retrouve bloqué à Bruxelles alors qu'il devait se rendre chez lui à Genève. "Je dois absolument rentrer car ma femme et mon fils de quatre mois m'attendent. Brussels Airlines n'a pas de solution pour moi aujourd'hui et cela ne me convient pas. L'employée de la compagnie m'a pris de haut et je suis furieux. On a même été voir à la Gare du Nord pour prendre un bus jusqu'en Suisse, mais cela prenait trop de temps".

Sa voisine, qui doit aussi se rendre à Genève, le prend avec davantage de philosophie. "Brussels Airlines va nous loger et nous serons à Genève demain. Les problèmes, cela arrive à tout le monde et on peut comprendre. C'est comme un mariage, il faut être fidèle. C'est pour le meilleur et pour le pire".

La grève des pilotes occasionnera bien l'annulation de 75% des vols de Brussels airlines lundi, a confirmé la porte-parole de la compagnie belge.

De nombreux vols SN étaient en effet teintés de rouge sur le site internet de Brussels airport, et ce jusqu'en fin de journée. "25% des vols sont opérés. A Brussels airport la situation était très calme ce matin", a encore souligné Wencke Lemmes.

Une nouvelle procédure de conciliation entre la direction et les syndicats des pilotes a lieu ce lundi matin. La direction compte y soumettre une nouvelle proposition à leurs représentants.

Brussels airlines connaîtra lundi et mercredi le second mouvement de grève de ses pilotes de son histoire, en raison de l'absence d'un accord avec la direction sur l'évolution des salaires des pilotes, notamment.

Au total, plus de 60.000 passagers sont concernés par les potentielles annulations de vols. La compagnie a pu entrer en contact avec 55.000 d'entre eux. La majorité ont bénéficié d'une nouvelle réservation tandis que le reste des voyageurs aura droit à un remboursement ou introduira une plainte. D'autres encore volaient avec un tour-opérateur et ont également trouvé une alternative de voyage.