Coûteuses pensions

Isabelle de Laminne Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

Plus personne n’ignore que le régime des pensions est un des problèmes majeurs dans une Europe caractérisée par des déficits publics importants. Mais, dans ce contexte, le deuxième pilier est également touché. La crise financière et le ralentissement économique qui l’accompagne grèvent la rentabilité des entreprises européennes. En marge de ce ralentissement d’activité, les entreprises sont aussi confrontées à une autre préoccupation : le coût des retraites à charge des entreprises dans le cadre des plans de pension de type "but à atteindre" s’alourdit et pèse sur leurs comptes. Une récente étude de la société Mercer sur les engagements de pension internationaux des multinationales européennes montre que ces coûts se sont accrus et représentent en moyenne 10 % de leur chiffre d’affaires. Le déficit du régime des pensions correspond, quant à lui, à 4,8 % de leur capitalisation alors qu’en 2008 ce chiffre ne s’élevait qu’à 2,9 % de leur capitalisation.

Comment explique-t-on cet alourdissement ? "Dans le contexte de crise financière que nous connaissons depuis plusieurs années, les Bourses ont fortement chuté. De ce fait, les avoirs dans les plans de pension ont donc diminué forçant les entreprises à reverser des sommes pour pouvoir honorer, au terme du contrat, leur engagement de but à atteindre. Parallèlement à cela, l’espérance de vie des employés ne cesse d’augmenter. Les engagements de pensions versés sous forme de rentes se sont donc accrus" , explique Sigrid Geens, Business Leader Retirement Risk and Finance chez Mercer.

L’évolution des taux d’intérêts a également joué en défaveur des entreprises. La baisse des taux d’intérêts a grevé la rentabilité de ces plans, ce qui a nécessité des versements complémentaires de la part des employeurs. L’augmentation des engagements de pension influence la rentabilité des entreprises, leur cours de Bourse et leur solvabilité. De plus, ces charges s’accompagnent d’une lourdeur administrative surtout si les multinationales doivent gérer des plans de pension dans plusieurs pays, plans qui sont soumis à des législations différentes et spécifiques par pays. "De ce fait, certaines multinationales envisagent d’externaliser totalement ou partiellement cette gestion. Mais cette externalisation peut également coûter cher car les compagnies d’assurance qui peuvent reprendre ces plans exigent des indemnités importantes pour le transfert de ce type de risque" , constate Sigrid Geens. On estime le coût annuel des pensions dans le cadre du deuxième pilier à 44 milliards d’euros pour les multinationales européennes. Le problème est donc de taille dans une Europe vieillissante, malade de sa monnaie et dont l’économie est en ralentissement notoire. La problématique des pensions est comme un iceberg : elle est bien plus importante et dérive bien plus qu’il n’y paraît.

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