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Une coopérative financière à vocation sociale peut-elle se marier à une banque sans risquer d'y perdre son âme? A en croire la teneur de la lettre de démission d'un de ses coopérateurs, largement diffusée, l'accord signé récemment par Crédal avec la fondation Dexia, risque de pousser l'association à adopter une démarche plus commerciale, plus en phase avec les principes de l'économie capitaliste.

Est-ce une réalité? On peut en douter si l'on sait que Crédal a déjà travaillé auparavant en symbiose avec Fortis au travers de l'épargne Cigale, et avec la Banque coopérative Bacob.

Et puis, le 15 mars dernier, la coopérative à finalité sociale a envoyé une lettre explicative à ses membres. La direction de Crédal y détaille la situation. «Crédal a pu, pendant de longues années, bénéficier d'un soutien financier important de la Banque Bacob, au travers de la sicav Stimulus (200 000 euros en 1998, 75 000 euros par an depuis 1999). Après l'intégration de Bacob dans le groupe Dexia, la nouvelle entité nous a fait savoir son souhait de mettre progressivement fin à ce soutien avec un dernier versement prévu pour 2006, mais elle a également marqué sa volonté d'examiner les possibilités de collaborations entre Crédal et la nouvelle «Dexia Foundation» qu'elle venait de mettre sur pied».

Une révolution à ce niveau? Dans son courrier, Crédal explique que «cette collaboration (entérinée le 15 décembre dernier) dépasse le simple soutien financier tel qu'il a été pratiqué avec la sicav Stimulus». Que se passe-t-il exactement? Dans le cadre de ce contrat d'une durée de 4 ans, la fondation Dexia va offrir un soutien financier aux activités de crédit individuel (microcrédit et crédit social accompagné) et va mettre à disposition de la coopérative des équipes de bénévoles issues du personnel de Dexia Banque pour encadrer les «clients» de Crédal.

Pratiquement, les bénéficiaires de crédits sociaux et de microcrédits seront accueillis par une ASBL commune nommée «Crédal Plus», les crédits sociaux et microcrédits seront octroyés par la coopérative Crédal, et les crédits accompagnés en Région wallonne seront octroyés par la Banque de la Poste. Crédal dispensera en outre comme auparavant ses services de financement et conseil à l'économie sociale.

Dans son courrier, Crédal explique encore sans ambages l'importance de trouver un partenaire pour poursuivre le crédit individuel très coûteux, en l'absence de subsides ou de financement suffisants. L'indépendance de Crédal en tant qu'alternative financière est enfin assurée par l'accord avec une fondation, et non avec la banque elle-même.

© La Libre Belgique 2006