"Crowdfunding" : le nouveau financement

G.Se. Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

Le "crowdfunding" désigne communément le financement d’un projet en faisant un appel de fonds sur Internet par le biais de sites spécialisés. Une tendance à suivre pour les entrepreneurs en mal de fonds ? Selon le site www.crowdsourcing.org, il existait, fin 2011, plus de 400 sites spécialisés et opérationnels, ayant globalement récolté environ 1,5 milliard de dollars (dont près de 900 millions de dollars aux Etats-Unis) et financé un million de projets, allant de quelques centaines de dollars à plusieurs millions. Les chiffres sont attendus en très forte croissance sur l’année 2012, notamment suite à une clarification législative entrée en vigueur aux Etats-Unis pour encadrer ce type d’activité.

Il existe évidemment une flopée de secteurs nécessitant un coup de pouce au démarrage. Et si les montants par dossier restent relativement symboliques, ils sont souvent destinés à des projets qui auraient eu des difficultés à recevoir un financement bancaire normal, surtout en période de frilosité bancaire S’il s’agissait au départ essentiellement de projets artistiques ou culturels, de nombreux autres appels de fonds visent aujourd’hui un objectif plus entrepreneurial : financement de start-up, projets environnementaux, développement de jeux vidéo, etc.

Dans la pratique, le fonctionnement de ce mode de financement n’est pas très éloigné de celui d’une ONG qui qui fait du "fundraising" en envoyant des demandes de dons à plusieurs milliers de sympathisants, afin de pouvoir financer des puits dans le désert ou des fournitures médicales à l’autre bout du monde. Le principe est simple : sur base d’un projet, un appel de fonds pour une somme déterminée (par exemple 10000 dollars) est effectué dans le but de réaliser un objectif bien précis. Les promoteurs doivent ensuite convaincre une majorité de donateurs afin de réunir la somme nécessaire dans un laps de temps imparti. Ce qui se fait via un site Internet, des vidéos explicatives enthousiasmantes, des brochures interactives

Si l’objectif de financement est atteint, la somme est libérée. Dans chaque projet, il existe plusieurs niveaux d’investissement financier, qui donneront lieu à plusieurs niveaux de bénéfice lorsqu’il sera finalisé. Aux Etats-Unis, des sites tels que Kickstarter, que nous avons déjà évoqué dans ces colonnes, RocketHub ou Kiva sont devenus des références, et certains projets ont ainsi pu récolter des sommes rondelettes (voir ci-contre). D’autant qu’il est possible à tout le monde d’investir librement dans un projet de ce type. Ce qui pose bien entendu la question de la sécurité et d’une fraude potentielle. S’il n’y a pas encore eu de grand scandale en matière de crowdfunding, il semble inévitable qu’il se produise à un moment ou un autre, au vu du peu de contrôle au niveau du risque pris avec l’argent récolté. "A terme, il y aura nécessairement plus d’attention qui sera portée à ce segment par les pouvoirs publics, en particulier si les sommes récoltées deviennent de plus en plus importantes", souligne Raf Francken, spécialiste du crowdfunding chez le groupe de consultance Projective.

En Europe, le mouvement reste jusqu’ici beaucoup plus modeste, même si de nombreuses initiatives voient le jour. Raf Francken souligne que le secteur est encore en voie de structuration, et qu’il n’existe pas encore vraiment de vue d’ensemble. "Aux Pays-Bas, où les règles sont moins strictes, un site comme Geldvoorelkaar.net a pu déjà rassembler pour 1,5 million d’euros sur divers projets."

En Belgique, cela reste encore embryonnaire, avec une poignée de sites opérationnels (Look&Fin, MyFirstCompany, MyMicroInvest), et limité par la nécessité de ne pas dépasser un certain montant sous peine de tomber sous les règles de la FSMA (voir ci-dessous). Le spécialiste estime que c’est une opportunité pour un acteur bancaire de se lancer dans ce créneau encore inexploré. "De fait, dans l’état actuel de la législation, il semble peu réaliste d’envisager le développement d’un équivalent belge aux sites américains sans le support des banques. La clarification des règles apportées au début de l’été ne laisse, en effet, que peu de places aux initiatives qui ne bénéficieraient pas du support d’un organisme financier." Et de citer, une nouvelle fois, l’exemple des Pays-Bas où ABN-Amro a lancé son propre site de crowdfunding (www.seeds.nl), visant à rassembler les financements pour certains projets sélectionnés par les analystes crédit du géant néerlandais.

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