Entreprise

Rencontre

Si on vous racontait l'histoire, vous auriez sans doute un peu de mal à la croire tant elle a quelque chose d'improbable. C'est l'histoire d'un Wallon, Bruno Venanzi, et d'un Flamand, Bruno Vanderschueren (ou, plus exactement, un francophone de Flandre), qui décident de créer leur petite affaire. Le premier adore le football, le second préfère le golf. Ils sont jeunes et inconnus du grand public. Leur objectif : tailler des croupières à des mastodontes du secteur belge de l'énergie comme Electrabel ou Luminus. Sans pour cela sortir du sérail...

Attiré par le métier de journaliste, Bruno Venanzi a commencé des études de philologie romane avant de bifurquer vers l'histoire. Le soir, il travaille dans un call center, histoire de se faire de l'argent de poche. Le patron de l'entreprise l'initie au monde des télécoms. Ce n'est donc pas un hasard s'il entre un beau jour chez MCI Worldcom. C'est là qu'il rencontre Bruno Vanderschueren qui, lui, a étudié l'économie à la KUL. Le courant passe entre eux. Quelques mois plus tard, les deux hommes quittent la multinationale américaine, chacun pour suivre des voies différentes. Ils ne se perdent pas de vue pour autant. Dans le cadre de son activité professionnelle, Bruno Venanzi est en contact avec l'intercommunale liégeoise ALE. Lui vient alors l'idée de développer un modèle commercial qui doit aider des sociétés comme l'ALE à se préparer à la libéralisation du marché wallon de l'énergie. L'idée fait son chemin, évolue et aboutit à la création de la société anonyme Lampiris. Elle a pour objet la fourniture d'énergie verte dans le marché belge de l'énergie libéralisé. Les deux compères y vont de leur poche et mettent sur la table 63 000 euros, soit le capital de départ.

"On a décidé d'installer les bureaux à Liège et d'abord de se focaliser sur la Wallonie", raconte Bruno Vanderschueren. Les débuts ne sont pas été faciles. Un des premiers obstacles à franchir consiste à obtenir les licences. "Les régulateurs se sont un peu méfiés. Ils se sont sans doute dit : qu'est-ce que ces deux hurluberlus ? Font-ils bien leur métier ?", raconte Bruno Venanzi.

Aujourd'hui, plus personne ne les prend pour des "hurluberlus" même si l'image de la société Lampiris a été, au début, entachée par un démarchage agressif pratiqué, ici ou là, par des personnes employées par des sociétés de marketing utilisées en sous-traitance.

Au fil des mois, les clients recrutés via Internet ou via un partenariat avec la société Power4you ont commencé à s'intéresser à ce petit Poucet du marché belge de l'énergie. Lampiris en compte aujourd'hui 85 000, dont 23 000 à Bruxelles et affiche une part de marché d'environ 2 pc en Wallonie.

Les deux "Bruno" sont convaincus d'avoir aussi joué un rôle de pionnier sur le marché. "Avant, il y avait quasi que nous qui vendions de l'énergie verte à prix fixe. Maintenant, Essent et Nuon font pareil", explique Bruno Venanzi.

Ils ont aussi l'enthousiasme des jeunes entrepreneurs qui ont des projets plein la tête. "On aimerait une intégration plus verticale", expliquent-ils. D'où un probable investissement ou partenariat dans la production d'énergie verte. "On préfère des petites productions décentralisées", précise Bruno Venanzi. Pour que ce soit clair : l'électricité de Lampiris (vendue souvent à des prix compétitifs) vient notamment de l'éolienne de Perwez et non pas de la centrale nucléaire de Tihange.

L'aventure des deux Bruno ne fait donc que commencer. Pas question pour eux d'envisager une vente de la société. Ce qu'ils font reste "tellement excitant. On veut garder notre indépendance". Car cela n'a pas de prix. "On n'a pas un con au-dessus de soi", lâche Bruno Vanderschueren. "On l'a à côté de soi...", ironise son associé Bruno Venanzi. Voilà le style Lampiris...