De bien longues études...

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Il y a trois ans environ, plusieurs économistes de l'UCL (dont moi-même) ont suggéré qu'un relèvement du minerval pouvait être envisagé. A condition toutefois d'y associer des mesures comme le relèvement des bourses, l'étalement du paiement via des formules de prêts dont le remboursement serait fonction du revenu (Regards économiques n°14, 2003)... La réaction, quasi unanime, fut celle du rejet ! On pourrait discuter longuement le caractère fondé ou non de ce rejet, ainsi que de la crainte qui le sous-tend. Prenons ici simplement acte du fait qu'il existe, en Communauté française de Belgique, une forte préférence pour le maintien du caractère public du financement de l'enseignement supérieur, ainsi qu'une croyance forte qu'il s'agit là du meilleur moyen d'en assurer le caractère démocratique.

Relevons toutefois un curieux paradoxe. Des décisions - soit bien plus que des propositions émanant d'académiques - de relèvement du coût des études, à charge des individus, ont été prises au cours de ces vingt dernières années. Nous visons les mesures successives d'allongement du nombre d'années d'études nécessaires à l'obtention d'un diplôme supérieur. Or ces décisions n'ont suscité pratiquement aucune réaction hostile, ni même inquiétude.

A partir du milieu des années 80, la durée minimale des études du supérieur court a été portée de deux à trois ans. Plus récemment, la réforme de Bologne a initié une dynamique qui tend à faire du mastère en cinq ans le diplôme universitaire de référence. Aux yeux d'un économiste, l'effet premier et incontournable d'un allongement des études est d'augmenter le coût d'opportunité, soit le manque à gagner salarial. Car allonger d'un an les études, c'est reporter le moment où l'on entre sur le marché du travail et décroche son premier salaire.

Le salaire annuel net qu'un (e) diplômé (e) du supérieur court peut espérer, en début de carrière, excède actuellement les 17 000 € - et ce chiffre tient compte du risque de chômage. Celui d'un (e) universitaire débutant (e) dépasse les 22 000 €. Sans le dire, et sans que grand monde ne s'en préoccupe, les réformes intervenues depuis le milieu des années 80 ont donc augmenté le coût privé d'acquisition d'un diplôme. Et ce dans des proportions infiniment plus importantes que tout ce qui a pu être suggéré, par les économistes, via le relèvement du minerval.

Ces réformes ont été menées à budget de l'enseignement supérieur relativement constant. Elles ont dès lors accentué la diminution de la dépense publique par année/étudiant. Elles ont compromis la capacité des institutions à préserver la qualité de leurs enseignements, ou à offrir significativement plus de contenus par rapport aux anciens programmes.

Rien n'indique que la prime salariale des individus qui ont mis trois ans à décrocher le diplômé du supérieur court est plus importante que celle de ceux qui, naguère, étaient diplômés en 2 ans. Et on peut craindre que les salaires des détenteur (trice) s de masters ne seront pas significativement plus élevés que ceux des licencié (e) s.

L'allongement des études a aussi pour effet de diminuer le taux d'emploi chez les jeunes de moins de 25 ans, à un moment où l'on dépense beaucoup d'énergie pour augmenter celui des quinquas.

Tout cela a-t-il vraiment beaucoup de sens? Ne serait-il pas plus opportun d'essayer de réduire la durée des études, d'augmenter ce faisant le montant d'argent public disponible par année/étudiant, de réduire le manque à gagner salarial à charge des étudiants, ou encore de contribuer positivement à l'augmentation du taux d'emploi de l'ensemble de la population?

© La Libre Belgique 2006

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