Entreprise Hôtesses et stewards devraient bientôt rejoindre la fronde des pilotes.

La zone de turbulence ne fait que commencer pour Ryanair, qui a annoncé l’annulation de 2 100 vols ces prochaines semaines suite à un manque de pilotes. Hier la compagnie a subi plusieurs légers retards à l’aéroport de Charleroi après une action de grève du zèle spontanée d’une partie de ses pilotes.

Un simple aperçu, sans doute, de ce qui attend la compagnie irlandaise, engagée dans un bras de fer avec la majorité de ses 4 000 pilotes depuis plusieurs jours. D’après nos informations, les véritables actions de contestation du personnel ne se dérouleront pas avant une semaine. Et elles seront coordonnées au niveau européen. Pourquoi ce délai ? Les pilotes ne veulent tout d’abord pas que Ryanair leur mette ses nombreuses annulations de vols sur le dos.

Ensuite, et surtout, il faut coordonner ces actions parmi les 87 bases que compte la compagnie irlandaise à travers l’Europe. Et le personnel part d’une feuille blanche : les syndicats ne sont pas reconnus chez Ryanair. Autre difficulté, les pilotes, jeunes (moyenne d’âge de 34 ans), ont des statuts différents. Ryanair emploie ainsi énormément de pilotes "faux indépendants".

Les Italiens plus chauds que les Anglais

Difficile aussi de fédérer cette opposition autour d’un leader puisque tout pilote qui parle à la presse à visage découvert est quasiment assuré d’être viré par la compagnie. Sans parler des sensibilités différentes entre les bases européennes. Les Italiens sont ainsi les plus virulents dans leurs revendications, là où les pays de l’Est se font très peu entendre et où les Anglais se montrent prudents.

C’est justement ces derniers qui sont en train de faire basculer le combat des pilotes en ayant rejoint, hier, massivement la lettre signée par 55 bases européennes demandant à la direction de meilleures conditions de travail et rejetant la prime pour renoncer à des jours de congé.

La Grande-Bretagne est le marché numéro un de Ryanair et le personnel semble désormais excédé par "les abus" de la compagnie. Un exemple ? Dans une lettre, dont "La Libre" a pu prendre connaissance, Ryanair force littéralement des hôtesses et stewards de l’aéroport de East Midlands à prendre des congés sans solde ou à déménager dans une autre base à leurs propres frais.

300 euros pour un entretien d’embauche

Il nous revient aussi que les hôtesses et stewards de Ryanair de différentes bases, dont Charleroi, devraient suivre le mouvement des pilotes. Ces derniers ont déclaré la guerre à leur patron, Michael O’Leary, qui n’a fait que souffler sur le feu en estimant que ses pilotes étaient "imbus de leur personne". "Je ne peux pas décrire ma colère", explique un pilote anglais interrogé sur une radio londonienne. Un pilote qui rappelle que Ryanair demande 300 euros pour chaque candidat à des entretiens d’embauche et plus de 25 000 euros pour la formation... "M. O’Leary a fait le choix d’aller au clash, nous explique-t-on. Il en assumera les conséquences."

Le centre névralgique de la contestation s’est donc déplacé du côté de Dublin et Londres, les deux plus grandes bases de Ryanair. Si jusqu’ici les échanges se font via WhatsApp ou les réseaux sociaux, le mouvement devrait devenir plus officiel. Les pilotes sont désormais aidés par un négociateur professionnel, et surtout par des juristes.

Car malgré le jugement récent de la Cour de Justice européenne, les employés de Ryanair dépendent toujours du droit irlandais : il n’y a pas de jurisprudence possible tant que le tribunal de Mons, d’où vient la plainte d’origine, n’a pas tranché. Et ce droit n’est pas très favorable aux employés. "Ryanair peut nous poursuivre individuellement pour un simple appel à la grève ou à un autre type d’actions via WhatsApp", nous fait savoir un pilote.

Une "War room" et des juristes

Si une action d’arrêts maladies massive avait ainsi été envisagée ce vendredi, elle a été déconseillée en dernière minute par les juristes. Les pilotes attendent donc le signal de leurs avocats pour lancer des actions appropriées dans les prochains jours ou semaines. "Tout le monde est chaud, nous explique-t-on, mais on doit le faire de manière intelligente et ne pas se précipiter."

Les pilotes reçoivent aussi l’appui d’anciens de Ryanair, comme le commandant de bord Jim Atkinson. Désormais pilote dans une compagnie chinoise, M. Atkinson a envoyé un memo à tous les membres du personnel de Ryanair en expliquant comment gagner ce bras de fer. Selon lui, un noyau dur de pilotes doit notamment s’installer dans une "War Room" tenue secrète en établissant une carte des différentes bases avec des couleurs en fonction de leur loyauté ou non à Ryanair. Il invite aussi certains pilotes à aller témoigner à visage découvert. "Ce mercredi était le dernier jour où vous n’avez pas le pouvoir chez Ryanair", conclut-il.


La stratégie de Michael O'Leary pour casser la fronde des pilotes:

- Versement de primes aux pilotes (12 000 euros aux commandants de bord + 10 000 supplémentaires sur certaines bases qui manquent de pilotes) à certaines conditions, dont le renoncement à dix jours de congé

- Stratégie d’engagement de nouveaux pilotes : 600 sur les 10 prochains mois.

- Menace de ne pas payer les primes aux pilotes contestataires.

- Menace d’envoyer les pilotes sur des bases moins attractives

- Menace de stopper la promotion des pilotes réfractaires. n Imposer aux pilotes de postposer une semaine de congé


La stratégie des pilotes pour organiser la contestation:

- Rejet de la prime proposée par Ryanair et demande d’un changement radical de modèle de la compagnie low cost via une lettre signée par 55 bases en Europe 

- Menace d’actions diverses, allant de la grève totale, à l’arrêt de travail pour inaptitude au vol en passant par l’application stricte des contrats

- Médiatisation de la crise et des conditions de travail

- Coordination via les différentes bases en Europe et mobilisation via les réseaux sociaux

- Eviter de se faire passer pour responsables des annulations de vols "dues à un management déficient"