Entreprise

Faire l’école autrement. "C’est possible", note Ahmed Medhoune, président de Schola ULB, une association qui mène des actions en éducation. Un de ses projets phares : le Forum des Innovations en Education, dont la 3e édition s’est tenue ce mercredi 3 février.

Pour l’association, tout a commencé avec le tutorat scolaire. "Nous fêtons nos vingt ans cette année. Il s’agit du plus important dispositif de soutien scolaire en Belgique." Le principe : des étudiants du supérieur apportent une aide à des jeunes qui sont en humanités. Le programme est destiné principalement aux établissements qui accueillent des enfants en difficultés scolaires ou de conditions sociales défavorisées. "Ils travaillent par petits groupes de 4 à 8 élèves. Rien que sur Bruxelles, nous avons déjà aidé 19 000 élèves. Quelque 2 000 étudiants de l’ULB ont participé au projet", précise Ahmed Medhoune. "Sur l’ensemble du pays, nous ne sommes actifs que depuis un an et demi, et n’avons pas encore de chiffres."

Ce programme a été récompensé en 2004 par le Prix Comenius de l’Unesco, décerné tous les quatre ans. "Avec les honneurs, viennent aussi les responsabilités. Il était également important pour nous d’utiliser le capital que nous avions reçu et profité de la confiance que les gens avaient en nous." Naît alors l’idée d’un forum qui mettrait à l’honneur toutes ces actions méconnues menées, dans l’enseignement secondaire, par des enseignants, des chefs d’établissement, des associations partenaires de l’école et d’autres acteurs du monde éducatif. "C’est aussi une mise à l’honneur de ces hommes et de ces femmes qui ont joué sur nos destinées, mais qui ont très peu de reconnaissance. En outre, il s’agit de les aider à perdurer dans le temps. Trop de projets s’arrêtent quand un professeur part à la retraite , par exemple."

La première étape fut de faire l’inventaire de ces actions. "Nous avons été surpris. Nous en avons relevé plus de 200. Aujourd’hui, on en référence 480." Ces projets sont récompensés lors du forum qui en est à sa troisième édition. Les projets sont répartis dans six catégories : monde professionnel, citoyenneté, culture, lutte contre l’échec, apprentissage des langues et développement durable. Un prix récompense aussi un projet toutes catégories confondues. "Le forum offre aussi un moment de rencontre et d’échanges permettant à tous les acteurs de découvrir l’enseignement secondaire autrement." Les participants ont l’occasion de rencontrer les responsables de projets autour de stands, de participer à des ateliers et conférences-débats. C’est aussi l’occasion de voir ce que sont devenus les lauréats des éditions précédentes. Plus de 600 personnes y ont participé cette année à cette rencontre biennale.

"Nous avons voulu montrer toutes les dimensions du monde de l’éducation. Celui qui est tourné vers le monde de l’entreprise aussi", précise Ahmed Medhoune.

"Nous constatons d’ailleurs qu’il existe de nouvelles formes de partenariats entre l’école et l’entreprise, qui n’existaient pas auparavant. Le monde de l’entreprise se sent concerné par l’avenir de l’éducation; le monde de l’éducation est, lui, plus ouvert. Pendant longtemps, l’enseignement a été allergique à l’idée que l’entreprise puisse avoir son mot à dire en matière d’éducation." La responsabilité sociétale des entreprises est aussi de plus en plus importante. "Ce n’est plus du pipeau. Il y a vraiment des actions concrètes sur le terrain, que ce soit au niveau du secondaire ou du supérieur", constate Ahmed Medhoune qui donne plusieurs exemples : une grande banque qui envoie un certain nombre de ses managers donner du soutien scolaire, un homme d’affaires qui finance la construction d’une école, les mini-entreprises, le projet Dream qui met en contact des élèves et des professionnels qui parlent de leur métier, ou encore le projet Bright Future qui a pour objectif de réduire les freins à l’insertion professionnelle. "On a constaté que les jeunes de milieux défavorisés rencontraient plus de freins à l’insertion professionnelle, notamment pour deux raisons : l’absence de réseau et le manque d’apprentissage de la culture d’entreprise, car ils n’ont pas toujours baigné dans ce milieu. Le projet permet à des entreprises d’accueillir ces jeunes en fin de curriculum pour une sorte de mentoring et de coaching. Des membres du middle management leur consacrent alors du temps."

Le principe du stage a aussi évolué. "Il sera de moins en moins limité à l’enseignement professionnel. Il serait bien de concevoir des stages pour toutes les filières. En Belgique ou à l’étranger. Ce lien entre enseignement et entreprise est fondamental. Pour une meilleure adéquation entre les études et le monde du travail."