De l'écriture à l'édition

Par PIERRE LOPPE Publié le - Mis à jour le

Entreprise

Un bel article comme ça, c'est un cadeau!» Régine Vandamme, qui vient de publier son troisième livre, «Professions de foi» aux éditions Castor astral, a fort apprécié le dernier papier que «La Libre» lui a consacré («Lire» du 20 janvier). D'une franchise désarmante, elle glisse un peu gênée que les journaux lui ont tous réservé un bon accueil. Elle s'en félicite, sans se prendre la tête.

D'origine brugeoise et d'éducation francophone, journaliste de formation, Régine Vandamme a travaillé quelque temps à la radio de «Vers l'Avenir» avant de se faire engager par les éditions Casterman. En charge de l'information pour les jeunes (Actualquarto, etc.), elle y a rencontré Didier Platteau, devenu son mari, qui fut longtemps directeur général de la maison et qui préside depuis dix ans aux destinées de la Foire du livre. Par la suite animatrice à la Maison de la culture de Tournai, elle rêvait, dit-elle, de « mettre un pied dans l'écriture». Cela lui a plutôt bien réussi: en 2001, elle a décroché le prix de la culture de la Communauté française pour la première oeuvre avec «Ma mère à boire».

L'auteur n'était pas pour autant au bout de ses rêves. En octobre 2004, avec l'aide de Didier Platteau, « qui a développé l'image sous toutes ses formes» chez Casterman, elle a fondé sa petite maison d'édition, «Estuaire», spécialisée dans la fiction illustrée pour adultes. « Un jour, on s'est dit «on y va!», assurés d'une image forte et d'une reconnaissance. Il fallait que nos ouvrages se distinguent des autres. Le test du marché a été concluant.» Le concept? Des carnets littéraires au format semi-poche que le public, habitué à fractionner son temps de lecture, apprécie visiblement. Onze volumes sont sortis de presse à ce jour et les premiers résultats sont encourageants (7000 ventes pour «Le sac à main» de Marie Desplechin et Eric Lambé). La particularité des ouvrages est qu'ils ont deux auteurs, un écrivain et un illustrateur, « mis sur un pied d'égalité» au point d'être gratifiés tous deux des mêmes droits d'auteur. Régine Vandamme insiste sur la qualité de l'objet et sur l'originalité de la formule. « Les ouvrages illustrés existaient déjà au XIXe siècle, c'est vrai, mais ce qui est neuf à cette époque inondée d'images, c'est que celles-ci sont choisies et travaillées. Le texte doit répondre à l'illustration et vice-versa

Les secrets de la nouvelle maison d'édition? « Beaucoup de passion, un peu d'argent et naturellement aussi un grain de folie. Rien n'est jamais gagné d'avance dans ce marché que l'on dit saturé, publiant tout et n'importe quoi, etc. L'important, c'est de creuser son sillon et d'avoir de la chance.» Rentable? « Pas encore! Il faut trois ans pour voir clair. En 2006, peut-être...» Très petite, l'entreprise? « Nous sommes deux, assistés d'indépendants. Nos livres sont distribués en France via Flammarion, en Suisse et au Québec. Nous avons mis la barre assez haut, nous n'avons pas voulu apparaître comme des éditeurs belgo-belges

Quand on lui parle des accidents qui ont assombri ces dernières années l'horizon de l'édition, Régine Vandamme soupire: « Cela nous impressionne et nous désole. Nous nous posons pas mal de questions! Petits comme nous sommes, nous travaillons beaucoup, je vous jure, au point que je sois moi-même notre attachée de presse. Quand j'entends tout ce qu'on raconte sur l'édition en France, je me sens épargnée. Notre maison d'édition, à côté de cela, c'est un havre

Parmi les projets de l'Estuaire figure une ouverture accrue aux autres langues et aux autres cultures, l'idée étant de garder au moins 30 pc d'auteurs belges. « On réfléchit déjà à ce que l'on pourrait faire ensuite, mais prudemment », dit Régine Vandamme. « De tout ce que j'ai fait, c'est l'édition que je préfère. Chaque livre est une rencontre », conclut-elle.

© La Libre Belgique 2006

Par PIERRE LOPPE

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