De l'impact et un bel avenir pour les "FinTechs" belges (DOSSIER)
- Publié le 18-12-2017 à 07h58
- Mis à jour le 18-12-2017 à 08h01

Le deuxième "FinTech Belgium Summit" s'est tenu à Bruxelles. Même si la Belgique n'a pas été pionnière dans ce nouveau champ de la finance, elle dispose d'atouts. Pour réussir, les "FinTechs" belges doivent viser l'international. C'est sur le thème de l'impact qu'ont les "FinTechs" sur différents aspects de la société que s'est déroulée la rencontre organisée, en fin de semaine dernière à Bruxelles, par FinTech Belgium. Alors qu'il y a trois ans, la Belgique n'était pas encore inscrite sur la carte des FinTechs, notre pays fait preuve aujourd'hui d'un réel dynamisme dans ce domaine.
Près de 40 experts sont venus s'exprimer sur l'impact régulatoire, sociétal et technologique de ces nouveaux acteurs de la finance. Le blockchain et l'innovation ont également été abordés lors de conférences plénières et d'ateliers. Enfin, plusieurs FinTechs ont pu concourir lors d'une bataille de "pitchs".
Le gagnant sera le client
Mais, dans ce nouveau champ de la finance, qui seront les gagnants entre FinTechs, acteurs traditionnels et géants de l'Internet que sont les "Gafa" (Google, Amazon, Facebook, Apple) ? "Cela dépendra essentiellement du secteur dans lequel ces acteurs sont actifs. Dans certains cas, comme les robots de gestion, où la confiance est un élément clef, les modèles hybrides entre FinTechs et acteurs traditionnels seront sans doute plus présents. En revanche, dans le secteur des paiements, un équilibre semble s'établir car les FinTechs y sont des concurrents disruptifs. Mais, au bout du compte, le grand gagnant dans ce challenge sera le client final", explique Xavier De Pauw, président de FinTech Belgium.
Et en Belgique, où en est-on ? Le marché est à la fois petit (11 millions d'habitants), fragmenté (avec deux langues) et très régulé. "Cependant, nous bénéficions de certains avantages. La pénétration des outils mobiles et de l'on-line banking est très importante. Par ailleurs, si l'on dispose, en tant que FinTech, d'un bon outil et que l'on est prêt à s'associer avec une grande banque, il y a des possibilités de développement. Nous avons aussi beaucoup de talents en Belgique", reconnaît Xavier De Pauw. Notre petit pays peut aussi être envisagé comme un laboratoire : si l'on y réussit, on peut réussir ailleurs. Mais, pour grandir, nos FinTechs doivent immanquablement penser à un développement à l'international.
Jeunes pousses innovantes
Certaines FinTechs présentes à Bruxelles reconnaissent cet impératif de croître à l'étranger. C'est le cas de Mozzeno, la plateforme de prêts dont l'activité consiste à offrir des prêts aux particuliers, financés par des particuliers, en passant par leur intermédiaire. La société Digiteal, elle, favorise la réception et le paiement des factures de façon digitale et est aussi consciente que sa croissance passera par un développement à l'international.
D'autres FinTechs envisagent d'abord de s'implanter en force en Belgique, comme la société de gestion de patrimoine en ligne Easyvest. "Il y a encore beaucoup à faire en Belgique et nous voulons y concentrer nos efforts. Mais nous pourrions envisager des collaborations avec d'autres FinTechs ou InsurTechs dans l'organisation d'événements ou le déploiement de solutions", explique Corentin Scavée de chez Easyvest. Des rachats ou des collaborations avec des banquiers traditionnels sont également envisagés. On pense au rachat partiel de Gambit par le groupe BNP Paribas. Certaines FinTechs sont aussi des fournisseurs de nouvelles technologies pour les banquiers traditionnels, comme la société Movify, qui a mis son know-how au service du développement des applications chez Belfius.
Lors de ce "FinTech Summit", des représentants de tous les acteurs étaient présents, y compris des Britanniques, à la recherche d'opportunités sur le Continent dans le contexte du Brexit. FinTechs, InsurTechs, régulateurs (avec Marcia De Wachter, représentant la Banque nationale de Belgique), mais aussi des avocats spécialisés dans les matières financières et des banquiers traditionnels se sont côtoyés lors de cet événement. On a pu y apercevoir aussi des CEO de banques en tenue décontractée pour certains ou en veston-cravate pour d'autres (lire ci-dessous).
Dans cet univers branché, on y a croisé beaucoup de jeunes pousses qui ont permis de propulser la Belgique sur la carte des FinTechs en quelques années à peine. "Et ce n'est pas fini : l'année prochaine, il y en aura encore plus", nous dit Fabian Vandenreydt, président de B-Hive, "hub" belge qui promeut les FinTech au niveau international.
Rendez-vous est pris dans un an pour de nouveaux projets innovants.
40 experts pour un deuxième sommet
Organisée par FinTech Belgium, une ASBL créée en 2015 pour rassembler la communauté belge des "FinTechers" (entrepreneurs, investisseurs et professionnels du secteur financier), la deuxième édition de ce "FinTech Belgium Summit" a notamment donné la parole à 40 experts, qui sont venus s'exprimer sur l'impact régulatoire, sociétal et technologique des nouveaux acteurs de la finance. Neuf start-up et six scale-up ont en outre pris part à une "battle pitch".
Dress-code dans un monde d'hommes
Ce qui frappe d'emblée, quand on arrive au "FinTech Belgium Summit", c'est le manque de diversité. On navigue dans un univers essentiellement masculin où le costume est de rigueur. Certes, la plupart des participants ont laissé tomber la cravate. Mais, comme nous le faisait remarquer un avocat anglais portant pull et jeans, c'est étonnant de voir que, dans un monde qui rassemble essentiellement des start-up, le dress-code classique du monde financier reste de mise. "Quand je vais sur la côte Ouest des Etats-Unis, les gens sont habillés de façon totalement différente : jeans troués et t-shirts y sont la règle. Si un Américain de la Silicon Valley arrivait ici, il aurait sans doute beaucoup de peine à croire qu'il se trouve dans une assemblée de FinTech. A la limite, ce n'est pas crédible. Pour être commercial, il faut s'adapter au modèle", nous confiait cet avocat. A cela, on pourrait lui rétorquer que la Belgique n'est pas les Etats-Unis et qu'un dress-code plus formel est aussi une forme de respect vers l'extérieur. Nous avons malgré tout pu observer avec amusement que Thierry Smets, CEO en partance de Puilaetco Dewaay, avait déjà troqué son costume pour une tenue plus décontractée. Dans le même registre, Xavier Laoureux, CEO de Mozzeno, "pitchait" relax, en pull et jeans, face à Jean-Charles Velge de l'Insurtech Qover qui, lui, avait adopté le veston classique. Mais on nous a appris à ne pas juger sur les apparences et que l'habit ne faisait pas le moine. Quoique…
