Entreprise

investissements à 1,25 million d'euros depuis 2003: restauration et aménagement des bâtiments qui ont dû compter avec l'incendie de 2004 qui a endommagé le hangar, la toiture de la cuverie et une partie du matériel; vignes et bien sûr tout ce qu'élevage et production de vin signifient en termes d'outils et d'installations.

Dans l'absolu, combien faut-il d'hectares pour qu'une exploitation soit rentable en Belgique? «J'ai tablé sur 10 ha car je voulais un équipement vraiment professionnel mais je pense qu'avec un hectare seulement, il y a moyen de tirer son plan si la personne s'en occupe toute seule», répond Philippe Grafé. «Un hectare, cela fait 8 000 bouteilles et, sur base de 5 € net à la propriété plus TVA, 40 000 €». De son côté, Pierre Rion qui produit le Domaine de Mellemont à Thorembais-les-Béguines, estime plutôt le seuil de rentabilité entre 5 et 8 ha avec, à l'arrivée, des bouteilles vendues à 8 à 9 €. Lui n'ira pas au-delà de ses 3,5 ha et vend la majorité de son vin à 7,5 €... Son investissement total s'élève à 100 000 € environ - il compte 15 000 € à l'hectare pour la seule mise en place des vignes. La main-d'oeuvre? C'est lui et ses deux associés (total: 300 heures par an, hors vendanges), qui font cela par passion, et des bénévoles, tout aussi passionnés, pendant les vendanges.

Comme des pommes ou des poires...

«Toute ma conviction repose sur un principe», conclut, serein, Philippe Grafé. «Avec des vignes adaptées, il est possible de faire du vin de qualité à des prix corrects en Belgique dans des conditions aussi faciles que celles de la production de pommes ou de poires.» En choisissant les bons cépages, un endroit où le microclimat est favorable et jouissant d'une exposition sud. Même si, évidemment, «l'activité vitivinicole restera toujours en Belgique une activité de niche avec des débouchés de niche». Elle peut être «tout à fait intéressante si les produits sont de qualité et les prix pratiqués raisonnables», insiste-t-il. Une qualité qui dépend du terrain, or «il y a très peu de bons terrains en Belgique», souligne de son côté Pierre Rion. Une qualité que l'on doit aussi retrouver dans l'ensemble du secteur et pendant plusieurs années si l'on veut séduire le consommateur. Car «le plus gros problème, ce sont les producteurs belges qui font une mauvaise qualité. Ce qui entraîne de mauvaises expériences dans le chef des consommateurs», souligne Joyce van Rennes. La concurrence? «Il y a suffisamment de possibilités de vendre en Belgique si le vin est de bonne qualité et cette qualité, la Belgique a prouvé qu'elle pouvait l'atteindre», avoue-t-elle.

Le vin belge? Un produit rare et qui doit le rester sous peine d'entrer dans la cour, surpeuplée et hyper concurrentielle, des vins mondiaux. «Il y a un avenir pour le vin belge», affirme encore Nicolas Mouchart, de la Maison Mouchart à Bruxelles, qui propose un millier de références dont, en vins belges, le Domaine de Mellemont - «il est au-dessus du lot aujourd'hui». Selon lui, «il ne faut pas boire du vin belge en se disant que c'est un super rapport qualité/prix». On n'y est pas encore car «les volumes sont ce qu'ils sont, les rendements aussi, et il faut voir ce que la nature nous donne en Belgique». Mais Nicolas Mouchart est convaincu que les producteurs vont y arriver. Quand leurs vignes seront un peu moins jeunes, quand les domaines s'agrandiront un brin permettant un meilleur amortissement des installations et, éventuellement, plus d'investissements.

En attendant, il ne faut sûrement pas bouder son plaisir: boire noir-jaune-rouge, c'est possible.

© La Libre Belgique 2006