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Dans un peu plus de deux mois, TF1 débutera ses fameux “décrochages publicitaires” auprès du public belge. Concrètement, les téléspectateurs belges de TF1 – soit près d’1 téléspéctateur sur 5 en Communauté française! – se verront proposer, dans les grilles de programmes de la chaîne privée française, des écrans publicitaires commandités par des annonceurs belges.

Cette perspective – dont on parle depuis la fin des années 1980 – de voir TF1 monétiser son audience belge sur le plan publicitaire avait provoqué un gros clash politico-médiatique, en mars dernier, lorsque le groupe français avait confirmé sa volonté de trouver une régie belge pour opérer ses “décrochages publicitaire. Sous la pression de Philippe Delusinne, le patron de RTL en Belgique, le président de Parti socialiste était intervenu auprès de ses homologues du CDH et du MR pour faire barrage à une alliance entre la RMB, régie publicitaire de la RTBF, et TF1.

Si M.Delusinne eut gain de cause, il ne découragea nullement son grand rival français de débarquer sur le marché publicitaire belge. Le 12 mai, la chaîne de télévision française annonçait avoir signé un accord de commercialisation de ses espaces publicitaires en Belgique avec la “petite” régie flamande Transfer.

Pour les éditeurs historiques du marché audiovisuel francophone belge (RTBF et RTL, essentiellement), cette arrivée de TF1 est source de très grosses inquiétudes. Avec une audience moyenne de 19% dans le sud de la Belgique, TF1 est en effet susceptible de mordre un gros morceau dans le gateau publicitaire de la Communauté française.

En charge de la régulation du marché francophone belge, le Conseil supérieur (CSA) belge avait annoncé, dès le 12 mai, qu’il allait enclencher une procédure en vue d’aboutir à un accord “mutuellement satisfaisant” avec le CSA français. “TF1 est en effet tenu de signer une nouvelle convention avec son régulateur pour pouvoir réaliser ces ciblages publicitaires (sur le marché belge” , avait averti “notre” CSA.

Après plusieurs heures de discussions, les membres du Collège d’autorisation et de contrôle du CSA ont finalisé, jeudi, la rédaction d’une “demande motivée” appelant à une solution “mutuellement satisfaisante”. Cette demande a été adressée vendredi au CSA français. A charge pour ce dernier de négocier, ou pas, une nouvelle convention avec TF1.

Pour le CSA belge, l’objectif est d’empêcher TF1 de profiter des ressources publicitaires belges sans contreparties. et, par conséquent, d’introduire une différence de traitement avec les autres opérateurs belges. Dans sa demande motivée, le CSA énumère les règles décrétales auxquelles TF1 devrait se plier, comme l’interdiction d’interrompre les émissions pour enfants et les Journaux télévisiés par de la publicité ou l’obligation de contribuer financièrement à la production audiovisuelle en Communauté française (à hauteur de 2,2% du chiffre d’affaires publicitaire belge de TF1). Le CSA belge invite aussi “instamment” son homologue français à prévoir, dans la nouvelle convention avec TF1, le respect des pratiques de la chaîne française envers les chaînes belges en matière de diffusion de programmes ((dont les “primo” diffusions et l’accès à des œuvres produites par TF1).

Enfin, on retiendra encore la demande faite au CSA français de réaliser une “étude approfondie” préalable afin de mesurer l’impact des décrochages publicitaires belges de TF1.