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Bruxelles, Belgique, 8 mai 2013 - Le Groupe Delhaize, le distributeur alimentaire belge international, annonce aujourd’hui que Pierre-Olivier Beckers, son Président du Comité Exécutif et Administrateur Délégué, a l’intention de mettre fin à ses fonctions exécutives d’ici la fin de cette année." Une annonce par communiqué de presse pour le moins surprenante. Il y a 20 mois, répliquant à ceux qui voyaient dans la promotion du CFO, Stéfan Descheemaeker, à la tête de la nouvelle entité "Delhaize Europe" un prélude à sa succession, Pierre-Olivier Beckers, arrière-petit-fils d’un des fondateurs, répondait, dans "La Libre": "Les médias ont été vite en besogne pour me renvoyer dans une fonction non exécutive. Je n’ai que 51 ans et encore beaucoup d’enthousiasme". Il n’a aujourd’hui que 53 ans et sans doute encore beaucoup d’enthousiasme.

"Oui, mais il a 30 ans de maison. C’est beaucoup dans la vie d’un homme", analyse Luc Moeremans, professeur de Stratégie à l’Ichec Brussels Management School, que l’annonce a néanmoins surpris : "C’est toujours surprenant de voir partir un patron, sans qu’il y ait eu de catastrophe et sans qu’il soit atteint par la limite d’âge. Mais dans un sens, c’est aussi rassurant et rafraîchissant." "Sa stratégie n’est pas contestée et les résultats sont acceptables, voire meilleurs ces derniers mois", ajoute son confrère Gino Van Ossel, professeur en Retail et Trade marketing à la Vlerick Business School, qui ne remet pas en question les explications du principal intéressé : un "choix personnel" au "bon moment".

Certains y voient, en arrière-plan, l’ombre des anneaux olympiques. D’autres, l’annonce d’un déplacement du balancier décisionnel vers les Etats-Unis qui réalisent 60 % du chiffre d’affaires du groupe.

Les deux professeurs ne sont pas de ceux-là. "M. Beckers est belge, mais il a fait une partie de sa carrière aux Etats-Unis, indique M. Moeremans, et a une stature internationale." "C’est de la pure spéculation de lier la démission du CEO à un déplacement vers les Etats-Unis. On peut trouver bizarre qu’une société dont le gros du chiffre d’affaires est réalisé aux Etats-Unis soit basée en Belgique, ajoute Gino Van Ossel, mais cela fait des années que c’est comme cela. A toutes les strates de la hiérarchie (conseil d’administration, direction ), il y a un équilibre entre Etats-Unis et Europe. Depuis l’acquisition de Delta Maxi dans les Balkans, le pôle européen a même grandi."

Ce qui ne les empêche pas de penser que Pierre-Olivier Beckers pourrait être remplacé par un Américain. "C’est vrai que sa succession sera compliquée. Pour la première fois, la famille n’est pas au rendez-vous - pas de jeune recrue en vue, explique M. Moeremans. Or, une succession hors famille permet de repenser l’axe principal et donc de choisir un Américain. Cela me paraît bien pensé et serait bien perçu par les investisseurs et analystes. Pour nous, Belges, cela semblera incongru car on est attaché à la belgitude de Delhaize. Mais ce serait la seule réticence."

Si la nationalité importe peu, et si le groupe annonce d’ores et déjà que le prochain CEO pourra être choisi en interne ou à l’extérieur, s’agira-t-il d’un financier ou d’un épicier ? La question s’impose. "Gérer des magasins, c’est plus difficile que brasser de la bière, sourit Gino Van Ossel, en référence à un autre groupe belge, AB InBev pour ne pas le citer. Mais il y a déjà chez Delhaize suffisamment d’épiciers pour contrebalancer un profil financier." "Avec le départ de M. Beckers, la famille va peut-être plus regarder le patrimoine que l’entreprise, ajoute Luc Moeremans, en prenant les mêmes références brassicoles , dont elle remettra les clés à des professionnels qui diagnostiqueront où sont les zones de profitabilité, la croissance " Ce que n’est plus la Belgique, "stable", "rentable", mais "arrivée à maturité", dit-il. Si Delhaize y gagne encore de la profitabilité, "cela devient marginal". A l’inverse de l’Est (Grèce, Balkans ) et de l’Ouest (Etats-Unis).

Ce qui n’est pas sans risque, s’il s’agit d’un financier "sans attachement sentimental belge". "Le scénario où la Belgique serait vendue parce que n’étant pas un marché de croissance n’est pas totalement exclu, conclut-il. Il faut enlever ses œillères : Delhaize n’est pas belge pour l’éternité."