Entreprise

Selon le syndicat chrétien, quatorze travailleurs belges (et les seuls à être salariés) de Deliveroo, société de livraison à domicile de plats de restaurants, vont être licenciés. L’entreprise a en effet décidé de délocaliser son customer service à Madagascar.

Ce service téléphonique, opérant depuis Bruxelles pour plusieurs villes du pays, prend en charge les relations avec les clients et les restaurateurs, mais aussi guide les coursiers si besoin et appelle les secours s’ils rencontrent un gros problème. Cette délocalisation à l’autre bout du monde inquiète certains livreurs, dont le customer service est le seul lien avec l’entreprise. Et elle fait bondir les syndicats chrétiens CNE et CSC, qui prodiguent depuis quelque temps aide logistique, conseils et moyens d’action aux travailleurs indépendants de Deliveroo qui le souhaitent.

Rassemblement du personnel à Bruxelles

Une assemblée du personnel est organisée aujourd’hui, à 17 h, à Bruxelles, pour faire le point sur les problèmes que rencontrent les livreurs, établir un canal de communication avec l’entreprise et demander la révision du projet de délocalisation à Madagascar.

Deliveroo fait travailler, à intensité variable, quelque 700 personnes en Belgique. Ces coursiers à vélo ont soit un statut d’indépendant soit passent par la coopérative Smart pour transformer leurs prestations d’indépendants en prestations de salariés. "Deliveroo rémunère ses livreurs 11 euros bruts de l’heure ou 7 euros bruts la livraison. C’est extrêmement peu, d’autant que le nombre d’heures de travail n’est pas garanti et qu’ils doivent prendre entièrement à leur charge leurs frais de GSM, d’équipement, payer leur vélo et son entretien. Les indépendants doivent s’acquitter aussi de leurs cotisations sociales et de leur assurance", explique Martin Willems, secrétaire permanent CNE.

Limiter le nombre de coursiers

Un collectif des coursiers, comprenant une trentaine de personnes, s’est formé. Ce jeudi, épaulé par la CNE, il va formuler ses revendications. "Il y a la limitation du nombre de livreurs potentiels, afin que les inscrits sur la plateforme Deliveroo puissent avoir la garantie de faire un ‘shift’. Il sera demandé à l’entreprise de participer financièrement aux frais d’équipement et de faire une distinction entre salaire et frais puisque leur fiscalité est différente", détaille Martin Willems.

"Les coursiers veulent aussi une augmentation d’un euro de l’heure ainsi qu’une indexation de leurs revenus. Ils souhaitent enfin une meilleure couverture en matière d’assurance. Si les indépendants ont un accident, c’est pour leur pomme. Ceux qui passent par Smart sont couverts pour les accidents du travail. En cas d’incapacité permanente, ils touchent une rente mensuelle, calculée sur base de leur dernier mois de salaire et ce montant peut donc être très bas", ajoute le permanent syndical.

Maintien de 40 % du service client, selon Deliveroo

Délocalisation partielle. D’emblée, en réaction aux informations de la CNE, Deliveroo Belgium indique maintenir une partie (40 %) de son service client en Belgique, évoquant la suppression de huit équivalents temps plein sur quatorze. Elle confirme par contre son déménagement partiel à Madagascar. "Compte tenu de la forte croissance de Deliveroo en Belgique, nous nous sommes efforcés de trouver une solution qui assurera la continuité de l’excellent service que nos clients attendent de notre part, a-t-elle répondu par écrit. C’est pourquoi nous avons eu recours à un service externe qui est spécialisé dans ce domaine. Toutefois nous conserverons une partie de l’équipe en Belgique afin de maintenir les services essentiels." Cette permanence en Belgique s’occupera des restos. Pendant leurs courses, les livreurs seront, eux, en contact avec le service délocalisé à Madagascar. Sans que cela ne change grand-chose, selon Deliveroo, le personnel allant être formé comme l’ont été les travailleurs en Belgique. La distance ne serait pas vraiment un problème, ajoute-t-elle, puisque c’est déjà de Bruxelles que les livreurs liégeois, gantois, anversois, louvanistes et malinois étaient briefés.

1 000 restos dans six villes. A l’échelle mondiale comme à l’échelle nationale, la société est jeune. La toute première livraison a eu lieu le 18 février 2013 à Londres. En Belgique, la start-up s’est lancée sur les routes bruxelloises le 20 octobre 2015. Elle compte aujourd’hui un carnet d’adresses de plus de 1 000 restaurants et de plus de 700 livreurs dans six villes, et même dans sept si on y ajoute Knokke qui ne fonctionne que l’été.