Entreprise

Reportage

Redmond est un petit patelin situé près de Seattle, dans le nord-ouest des Etats-Unis. C'est aussi et surtout le siège du géant informatique Microsoft, qui y emploie quelque 30.000 personnes. Difficile de trouver un endroit plus multiculturel que celui-ci: toutes les nationalités ou presque sont représentées. On y trouve notamment une quinzaine de Belges. Rencontre avec trois d'entre eux.

Benoit Jurion est un pionnier. Il y a 18 ans, ce jeune Belge de Braine-le-Comte décide, sa licence en informatique en poche, de postuler auprès de ce qui n'est alors qu'une «petite» société de 3.000 personnes. Peu après, un appel des Etats-Unis lui apprend que sa candidature est acceptée. «N'ayant jamais visité ce vaste continent, ma surprise fut grande, lorsqu'en janvier 1989, une chaleureuse Microsoftee (NdlR: une employée Microsoft), d'origine Allemande, m'a accueilli à l'aéroport humide et enneigé de Seattle. Sans attendre que le décalage horaire se dissipe, je fus immédiatement intégré et assimilé - toute résistance aurait été futile - à une communauté tellement diversifiée et multilingue qu'il m'a fallu plusieurs mois avant de découvrir, par hasard, un vrai Américain!», raconte-t-il.

Depuis lors, Benoît Jurion a participé à des tas de projets chez Microsoft, adaptant tout d'abord le système d'exploitation Windows 3.0 aux marchés et à la culture francophone, puis développant les premières versions thaïlandaise, vietnamienne et indienne de Microsoft Office, avant de se lancer dans les technologies de reconnaissance des écritures avec la toute première version de Microsoft Windows Tablet PC.

Ayant épousé une Américaine de Seattle, Benoît Jurion est aujourd'hui un véritable adepte de cette région, séduit par la beauté d'un paysage dominé par les montagnes et de nombreux lacs. Mais il reste attaché à son pays et à sa culture. Ses enfants bénéficient d'une éducation bilingue dans une école française de Seattle et il reste en contact avec sa famille en Belgique grâce à MSN Messenger. «Je reste également un Belge passionné de cyclisme», sourit-il. «Je fais plusieurs fois par semaine à vélo les 40 kilomètres qui séparent Seattle, où j'habite, de Redmond».

Un appel aux jeunes

De son côté, Thierry Fontenelle a rejoint les «headquarters» il y a cinq ans. Séduits par son profil très rare de linguiste informaticien, les responsables de Microsoft avaient à l'époque déployé les grands moyens pour l'amener à quitter son confortable poste de traducteur-interprète à l'OTAN et l'attirer à Redmond. «Ils m'avaient invité une semaine avec mon épouse en plein mois d'août, alors que le temps était magnifique et le cadre idyllique», raconte-t-il. «Ils m'avaient également fait passer une journée d'interviews très approfondies, ce qui m'avait permis de rencontrer certains de mes futurs collègues».

Après coup, Thierry Fontenelle ne regrette pas d'avoir fait le grand saut. Ancien chercheur de l'Université de Liège, où il rédigea une thèse sur les dictionnaires électroniques, il a pu renouer chez Microsoft avec la recherche appliquée. «Travailler sur les correcteurs grammaticaux, par exemple, est un défi passionnant à relever, car la langue est quelque chose de très compliqué à formaliser», explique-t-il, en se réjouissant également de travailler dans un cadre aussi multiculturel, avec des dizaines d'autres linguistes issus de toutes les régions du monde.

Au niveau personnel, son épouse et ses enfants sont aujourd'hui bien intégrés à la vie américaine. Mais toute la famille reste en contact avec la Belgique grâce à l'enseignement à distance de la Communauté française et grâce aux sites web de «La Libre» et de la RTBF.

A Redmond depuis deux ans, Olivier Dispas est un des bons amis de Thierry Fontenelle au sein de la petite communauté belge de Microsoft. Aventurier dans l'âme, ce grand sportif a démarré sa carrière au sein du groupe américain en Côte d'Ivoire en 1998, assurant le développement des canaux de distribution de Microsoft pour 24 pays d'Afrique de l'Ouest et centrale. En 2000, lorsque la situation devient trop tendue dans ce pays, il rejoint les bureaux de Microsoft aux Etats-Unis: à San Francisco d'abord, puis à Redmond, avec comme mission de développer le marché des PME.

S'il dit toujours se sentir belge - «je ne suis pas encore fan de base-ball et Thanksgiving n'est pas une fête majeure pour moi», rigole-t-il -, Olivier Dispas se plaît bien à Redmond. La preuve: il vient de rejeter une offre pour aller travailler à Singapour.

Tant Olivier Dispas que Thierry Fontenelle et Benoît Jurion encouragent les jeunes Belges à tenter la même expérience qu'eux. «Microsoft Redmond compte engager plus de 6.000 personnes dans les 3 prochaines années», lance le premier. «Cela vaut la peine de régulièrement jeter un oeil sur la rubrique emploi du site de la société», poursuit le deuxième. «Bien sûr, chez Microsoft, la compétition est forte et omniprésente. C'est un aspect principal de la culture américaine. Mais cela ne devrait effrayer personne qui possède l'âme et la passion d'un pionnier», conclut le troisième. A bon entendeur...

© La Libre Belgique 2006