Entreprise

Affirmer que l'emploi est une priorité est un euphémisme. Il n'y a pas bien longtemps, le Premier ministre, Guy Verhofstadt, assignait un objectif ambitieux - 200000 emplois - à la Conférence nationale du même nom. On sait ce qu'il en est advenu. Dans leurs discours, les patrons dénoncent les rigidités du système, la législation contraignante, le manque d'encadrement, la pression fiscale écrasante, etc. et lancent des appels pathétiques aux pouvoirs publics. Ceux-ci entendent monnayer les efforts en faveur des entreprises, les réductions de charges en particulier, et ne cachent pas un certain scepticisme quant aux intentions réelles des patrons. La population, de son côté, n'entrevoit pas le bout du tunnel. Elle vit au rythme des restructurations qui, de Genk à Manage, laminent des centaines de postes de travail. La confiance fait toujours défaut.

Et pourtant, ce n'est pas un trompe l'oeil, des entreprises belges recrutent de façon régulière et substantielle! Il y en a même qui caracolent en tête du palmarès des entreprises européennes...

Pour preuve, la Belgique compte deux sociétés dans le Top 5 des 500 entreprises européennes les plus créatrices d'emploi, baptisé «Europe's 500» (*). Il s'agit d'Omega Pharma NV, de Nazareth, qui se classe deuxième à l'échelon européen. Entre janvier 1998 et décembre 2002, la société a créé plus de 2000 nouveaux emplois, passant de 48 à 2127 employés! « Pas une semaine ne se passe sans que l'on engage de nouveaux collaborateurs et cela va continuer en 2004 ", déclare Marc Coucke, administrateur délégué, qui souligne que la profitabilité du groupe s'est elle aussi accrue.

Omega Pharma est suivie de près par Eurofins Scientific, de Kraainem, moins connue, qui occupe la troisième place en Europe. Au cours de la période, Eurofins est passée de 90 à 2076 collaborateurs, ce qui représente 1986 nouveaux emplois. « Notre stratégie est axée sur l'internationalisation des activités», explique Gilles Martin, administrateur délégué de la société spécialisée dans les biotechnologies.

Ces deux sociétés lauréates ne sont pas des exceptions. Au total, 9 sociétés belges figurent dans cette édition du «Europe's 500». Outre Omega Pharma et Eurofins, il s'agit de Melexis (20e), Aliplast (29), Cleaning Masters (121), IRIS (153), Callatay & Wouters (166), CMS International (204) et Devgen (223). Toutes ont multiplié leurs effectifs par cinq, créant une moyenne de 708 nouveaux emplois en cinq ans. Cela représente une moyenne de 142 emplois par société par an, soit 58 pc de plus que la moyenne des sociétés «Europe's 500» qui ont généré ensemble pas moins de 111116 nouveaux emplois.

Au total, 247 sociétés seulement, en provenance de 17 pays européens, ont répondu cette année aux critères stricts régissant ce classement.« En dépit de temps difficiles, le classement confirme qu'une entreprise dynamique est capable de générer de l'emploi et de la croissance. Les entreprises figurant dans le classement ont créé en moyenne 450 emplois chacune (708 chacune pour les entreprises belges), ce qui est remarquable », souligne Patrick De Smedt, président de Microsoft EMEA.

« Le plus extraordinaire, c'est que selon les critères d'éligibilité, les 247 entreprises retenues devaient avoir maintenu leur croissance pendant cinq ans», déclare pour sa part Philippe Léonard, directeur exécutif de Growthplus qui insiste sur « le grand retour des sociétés opérant dans les domaines traditionnels».

Les entreprises «Europe's 500» de 2003 affichent une croissance dans divers secteurs. Ce sont les entreprises actives dans le domaine des produits et services industriels qui dominent la liste (25,1 pc), suivies par les sociétés informatiques (17,4 pc) et par les sociétés du secteur tertiaire (13 pc).

Les lauréats de 2003 prédisent une intensification de la croissance: alors que 2002 fut une année difficile pour nombre de sociétés, ils confirment que les 9 premiers mois de 2003 ont été meilleurs que 2002 et que les perspectives d'affaires pour 2004 sont encourageantes.

La croissance n'en demeure pas moins fragile. « Il est vital que les gouvernements européens s'attachent à lever les barrières commerciales, à créer un environnement favorable et à aider les entreprises connaissant une croissance soutenue à stimuler l'emploi », conclut Chris Rowlands, directeur Growth Capital chez 3i.

(*) Europe's 500, une initiative de GrowthPlus, l'association des entrepreneurs dynamiques, est publié tous les ans depuis son lancement en 1996. Informations détaillées sur chacune des entreprises, par pays, par secteur, par taille, par chiffre d'affaires, etc. ainsi que des données et tableaux statistiques complets (y compris des graphiques à télécharger) sur www.europes500.com

© La Libre Belgique 2003