Des forêts artificiellement naturelles

CHARLOTTE MIKOLAJCZAK Publié le - Mis à jour le

Entreprise

"A package should save more than it costs." C'est fort de ce principe que le suédois Ruben Rausing a imaginé, en 1943, un berlingot en carton pour préserver les qualités du lait et a fondé, en 1951, la société aujourd'hui mondiale Tetra Pak.

C'est également stimulée par ce credo - et parce que la société n'est pas suédoise pour rien - que Tetra Pak s'est investie dans la défense à long terme de l'environnement. Ce qui sous-entend entre-autres "efforts en matière de recyclage" (à ce titre, le Luxembourg et le Belgique sont ses meilleurs élèves avec, respectivement, 84 et 76 pc d'emballages recyclés), "réduction de CO2" (économies d'énergies, utilisation d'électricité verte, priorité donnée en matière de transport à l'eau et au rail plutôt qu'à la route et l'air, etc.) ou encore "traçabilité des produits".

Tous ses emballages étant fabriqués à 75 pc à partir de carton (contre 20 pc de polyéthylène et 5 pc, pour les conditionnements aseptiques, d'aluminium), il était normal que Tetra Pak se penche sur la fibre de bois, la première de ses matières premières, et donc sur les forêts. "Nos fournisseurs de carton(1) doivent impérativement prouver l'origine des fibres de bois qu'ils utilisent afin d'éviter toute possibilité d'approvisionnement de bois exploité illégalement ou provenant de forêts menacées" , explique Magda Buelens, Environmental Manager (Tetra Pak Benelux). Mais ce n'est qu'un minimum. "A terme, nous voulons que tous suivent une démarche de gestion durable à tout le moins responsable de leurs forêts impliquant des engagements économiques, sociaux et écologiques" , ajoute Erik Lindroth, Director Business Relations - Environment (Tetra Pak).

Forêts "responsables"

Et d'évoquer les différents labels forestiers dont certains sous-traitants peuvent déjà se targuer. "Le contrôle est difficile à effectuer , précise-t-il. D'où l'importance des certificats."

Le plus connu est le FSC (Forest Stewardship Council) pour une forêt "responsable"(2), fondé sur le respect de 10 principes s'attachant aux aspects économiques, sociaux et environnementaux : respect des lois, des communautés locales et des promeneurs, des droits des peuples indigènes et des travailleurs et, bien sûr, de la forêt; ce qui suppose entre autres l'utilisation efficace des multiples produits et services de la forêt; le maintien de la diversité biologique, des ressources hydriques, des paysages et écosystèmes; la conservation ou l'augmentation des attributs qui caractérisent les forêts; etc.

Actuellement, Tetra Pak est au milieu du gué : 29 pc de ses cartons proviennent d'une forêt certifiée FSC et, l'an prochain elle pense atteindre les 40 pc. "Mais l'objectif est d'atteindre les 100 pc en 2015", précise Erik Lindroth.

Jusqu'à présent, c'est essentiellement en Finlande et en Suède que Tetra Pak trouve de quoi satisfaire ses objectifs en la matière. Notamment auprès du groupe suédois Korsnäs qui possède deux grosses papeteries mettant respectivement en oeuvre 1 et 3 millions de mètres cube de bois (or, 1 m3 de bois permet de produire du carton pour fabriquer... 10 000 berlingots d'un litre) dont une partie provient de forêts responsables.

Gestion à long terme

"La gestion responsable respecte la forêt. Le cycle d'un arbre s'étendant sur 70 à 100 ans, elle doit donc se penser à long terme, explique Arvid Svanborg, responsable des achats de bois, en parcourant une des premières forêts certifiées FSC. Les plans - de plantation, d'élagage, de coupe - doivent s'établir sur 40 ans, pas sur 1 an. En acceptant d'amener certains arbres à leur terme, même si cela coûte moins cher de les couper à 30 ou 40 ans." Voire à ne jamais en couper certains. C'est d'ailleurs une image assez surprenante d'une forêt responsable : de grandes tiges solitaires, voire même de grands troncs morts émergeant au-dessus de la mêlée.

"Une forêt responsable est une forêt dans laquelle la nature joue son rôle , ajoute l'expert. Ici, on maintient des bois morts pour la faune qui en dépend. Là, on conserve les essences de valeur et les arbres dominants. Plus loin, c'est toute une parcelle, dite non productive, à laquelle personne ne touche. Tout à côté, il en est une qui a été brûlée après la coupe." Bref une forêt en quelque sorte... artificiellement naturelle. Qui coûte plus mais rapporte plus aussi. Du moins quand des sociétés comme Tetra Pak acceptent de payer le supplément de prix qu'elles exigent.

(1)60 pc proviennent des pays scandinaves, 25 pc du sud du Brésil (pas d'Amazonie) et 15 pc des Etats-Unis.

(2)Un autre label, le PEFC, basé sur six critères, certifie, lui, des forêts "durables".

CHARLOTTE MIKOLAJCZAK

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