Entreprise Le projet est "très audacieux", de l'aveu même de ses concepteurs : créer, sur le modèle d'une coopérative, une nouvelle sucrerie en Belgique d'ici à 2020. Ce serait une première en Europe depuis 1993. Elle traiterait 14 000 tonnes de betteraves par jour, pendant les 100 journées de la campagne betteravière. Son lieu d'implantation n'est pas encore révélé mais on sait qu'elle serait construite en Wallonie, là où se concentre le gros de la production des betteraves sucrières. Cette usine nécessiterait un investissement de 300 millions d'euros pour voir le jour.
A l'origine de cette idée, on trouve les administrateurs de l'Association des betteraviers wallons (ABW). Ils se sont adjoint les services du leader mondial en conception et construction "clé sur porte" de sucreries, les Belges de De Smet Engineers & Contractors, et du cabinet de conseil en stratégie Innovity. L'administrateur-délégué d'Innovity, Jean-François Gosse, lève un coin du voile sur le projet, qui est "très avancé" mais qui en est encore dans sa phase d'étude de faisabilité.

"Les planteurs d'ABW veulent pérenniser leur activité car la filière du sucre est en crise", précise d'emblée Jean-François Gosse. L'Europe a en effet décidé de lever les quotas sucriers au 1er octobre. Les prix sont très volatiles et les planteurs peinent parfois à dégager un revenu rémunérateur de leur activité. "L'organisation des producteurs en coopérative est historiquement peu présente en Belgique, contrairement à ce qui se fait en Europe. Ce modèle permet pourtant aux planteurs de prendre leur destin en main, de faire face à l'érosion du marché, d'obtenir de meilleurs prix de ventes pour leurs betteraves et de mieux partager la marge industrielle de la transformation en sucre."

La possible future usine intégrera "les technologies les plus efficientes, avec un objectif de durabilité et d'économie circulaire. Nous voulons biométhaniser tous les co-produits, afin de produire un complément énergétique." Son emplacement n'a pas été choisi au hasard. "Proche des planteurs afin de réduire les distances d'acheminement des betteraves. Ce sera un avantage par rapport à la concurrence", souligne Jean-François Gosse.

Il ne reste en Belgique que deux sucreries : la Raffinerie tirlemontoise et Iscal, en province de Hainaut. Les porteurs du projet de la nouvelle sucrerie tiennent à le dire : "il ne s'agit pas d'une attaque concurrentielle car nous voulons lancer une nouvelle production de betteraves, en exploitant la moitié des surfaces agricoles abandonnée par cette culture".

Il reste au groupe de travail à plancher sur plusieurs défis.
  • L'implication des planteurs : "Quand nous leur avons présenté le projet, les retours étaient très positifs mais nous n'avons pas encore établi une liste des potentiels coopérateurs", dit Jean-François Gosse.
  • La commercialisation du sucre produit : "C'est le défi majeur auquel sont confrontés tous les sucriers européens. Une réelle bagarre commerciale s'installe. Nous n'avons pas, à ce stade, constitué d'équipe de prospection mais des scénarios stratégiques sont évalués", déclare l'administrateur d'Innovity.
  • La constitution d'une équipe pour construire et faire tourner l'usine : "Nous avons besoin de têtes et de bras. Nous avons déjà les ingénieurs de De Smet qui ont fourni un design avancé de l'usine. Les sucreries ont des processus complexes. Elles ne tolèrent ni panne ni arrêt et elles ne tournent pas toute l'année", explique-t-il.
  • Le financement : "On a de multiples pistes et des contacts ont été pris. Le projet a été présenté à Willy Borsus (le ministre fédéral de l'Agriculture, NdlR) ainsi qu'aux cabinets des ministres wallons Collin et Di Antonio. Leur intérêt pour la démarche a été grand".

Les porteurs du projet l'affirment, "notre volonté est de créer un nombre significatif d'emplois directs et indirects, d'ajouter de la valeur économique puisque nous allons accroître la production de betteraves". Ils décideront avant la fin de l'année, s'ils poursuivent ou abandonnent l'idée de la création d'une troisième sucrerie en Belgique.