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ANALYSE

Le groupe Fortis a dissipé hier au cours d'une conférence téléphonique les doutes qui commençaient à se faire jour dans l'esprit de ses actionnaires. Le groupe de bancassurance a en effet fait le point sur l'impact de l'évolution boursière sur l'état de son portefeuille et sur le niveau de ses résultats pour l'ensemble de l'exercice 2002. Le groupe a insisté sur la qualité de sa structure financière, et, surtout, il a confirmé le maintien de son dividende au niveau de celui payé l'an passé. Sur base des cours observés ces derniers jours, le rendement du titre est proche de 4 pc. Soit, pas loin de ce que paient les comptes d'épargne les plus juteux en Belgique. Mais pour l'investisseur qui vient d'entrer le titre Fortis en portefeuille, le rendement du dividende sera double puisque le coupon sera payé en juin.

DEXIA, SUEZ ET... BUSH

On notera que d'autres acteurs du monde boursier, dont les titres sont largement répartis dans les portefeuilles, comme Dexia et Suez, ont également rassuré leurs actionnaires à cet égard. La `mode´ est effectivement confirmée du retour aux principes de rémunération de l'actionnaire stable. A ce titre, le point fort du plan de relance de l'économie américaine concocté par l'équipe du président Georges Bush, est un témoignage clair du revirement des opérateurs financiers. Après avoir exigé des entreprises cotées plus de transparence dans la gestion et une recherche rapide de la rentabilité, les voilà demandeurs d'une plus large participation aux résultats nets des entreprises. La proposition de Bush est à cet égard des plus explicites: ce dernier demande la suppression pure et simple de la taxation (plus de 30 pc) des dividendes. Ce qui n'aurait d'ailleurs pas que des avantages, si l'on en croit certains observateurs.

EFFETS MULTIPLES

En effet, une mesure de ce type, si elle passe les étapes successives du Congrès et du Sénat américains sans être amendée, aurait de multiples conséquences. D'abord sur le mode de financement des entreprises qui pourraient recourir à nouveau à l'émission d'actions ordinaires ou privilégiées, mais aussi sur leurs ambitions de croissance et leurs efforts en matière d'investissements. Du côté des investisseurs, la mesure pourrait se traduire par moins de mobilité dans les portefeuilles, ce qui aurait un impact sur les courtages, et partant, sur les revenus des intermédiaires. Enfin, une réallocation des actifs dans les portefeuilles pourrait se traduire par des ventes massives d'obligations émises par les pouvoirs locaux. On notera d'ailleurs que les taux d'intérêt ont remonté assez vivement sur les échéances longues aux Etats-Unis, le rendement des obligations d'Etat à 10 ans repassant à la hausse la barre des 4 pc. Evidemment, on notera aussi que les taux courts, principale référence des consommateurs américains, se situent toujours à des niveaux plancher. Ce qui ne saurait manquer d'avoir à brève échéance un impact sur les dépenses des ménages, remarquent les observateurs.

Reste que Wall Street n'a bénéficié que parcimonieusement de cette annonce. Il y a loin, souvent, de la coupe aux lèvres, et les investisseurs n'ont osé surenchérir que d'un petit pour cent sur la semaine en Bourse, alors que les analystes tablent sur un impact positif global de 10 pc sur la valeur des actions.

IBA OU COFINIMMO?

En Belgique, la performance légèrement négative de l'indice Bel 20 a sans doute été influencée par l'annonce de son prochain réaménagement. Le 3 mars prochain, IBA quittera l'indice, au profit de la sicafi Cofinimmo. Ici, aussi, c'est un signe des temps. On remplace la haute technologie à fort potentiel de croissance par le sage investissement dans la brique. Une bonne affaire pour Cofinimmo, mais une mauvaise pour IBA qui a subi les ventes techniques opérées par les gestionnaires de fonds de placement. Reste à savoir maintenant si ce réaménagement qui verra aussi Fortis prendre encore plus de poids dans l'indice, sera suivi par un alignement des portefeuilles des petits actionnaires. Pour terminer sur ce chapitre, on notera encore que le titre Cofinimmo a vu son volume quotidien augmenter jusqu'à dix fois la moyenne. En quadruplant quelques heures avant l'annonce officielle. Bruxelles reste Bruxelles...

DELHAIZE OU COLRUYT?

Les autres représentants de la cote, notamment dans le secteur de la distribution, ont connu des évolutions moins tranchées avec Colruyt qui a réagi positivement à l'annonce de résultats corrects. Delhaize par contre subit toujours les foudres des investisseurs, alors qu'elle agit par touches délicates sur les paramètres qui froissent les petits porteurs, comme son endettement. Des paramètres lourds de sens, toutefois, puisque le poids boursier de Colruyt - 1,9 milliard d'euros - est aujourd'hui plus élevé que celui de Delhaize - 1,6 milliard. Une année n'est pas l'autre pour les valeurs cotées. 2002 n'a pas été un bon cru pour D'Ieteren, par exemple. Ni particulière pour la Banque nationale dont, pourtant, le cours ne cesse de grimper, avec une hausse de plus de 10 pc rien que pour la semaine. Une petite spéculation... à la belge.

© La Libre Belgique 2003