Entreprise Retour sur douze mois de cauchemar pour les travailleurs et les sous-traitants de l’entreprise.

C’était un vendredi. Le 2 septembre 2016, l’annonce, aussi brutale qu’inattendue, tombait : le groupe américain Caterpillar, fabricant d’engins de chantier, décidait de fermer son site de Gosselies, ouvert en 1965. Brutale car cette décision allait engendrer le licenciement des 2 000 travailleurs de Caterpillar Gosselies, sans compter les centaines de sous-traitants locaux dont l’activité dépendait, tout ou en partie, du géant américain. Inattendue car, après une restructuration menée en 2014, qui avait coûté leur emploi à plus de 1 300 travailleurs carolos, Caterpillar avait investi 150 millions d’euros pour moderniser les lignes d’assemblage de l’usine.

Le groupe, plongé dans une restructuration mondiale, avançait, comme justificatifs de cette fermeture, des coûts de production trop élevés, un site trop grand, et donc trop onéreux, ainsi qu’une demande en recul pour ses produits.

Face à ce drame social et économique, dans un bassin de Charleroi déjà lourdement frappé par le chômage, les syndicats, les travailleurs, les forces vives publiques et privées, locales et régionales, se mobilisent pour tenter d’empêcher le pire. Manifestations, interventions du monde politique, projet industriel alternatif porté par des cadres de l’entreprise, rien n’y fait. La messe est dite.

Le site cédé pour l’euro symbolique

Les négociations du plan social s’engagent alors. Elles ne seront pas simples et dureront plusieurs mois. Les syndicats et le groupe Caterpillar aboutissent à la fin de l’hiver à un accord satisfaisant. Parallèlement, des discussions sont menées entre le groupe et la Région wallonne pour une reprise du site. Caterpillar accepte de le céder pour l’euro symbolique, tout en versant 5 millions d’euros à la Région pour la dépollution.

Les premiers licenciements tombent à la fin du mois d’avril et s’enchaînent tous les trente jours, par vagues de plusieurs centaines de travailleurs, qui intègrent les cellules de reconversion du Forem. La production s’arrête fin mai. Il ne reste aujourd’hui que 277 membres du personnel encore occupés. Dans quelques mois, les hangars et les bureaux seront totalement désertés.

La Région wallonne s’est mise rapidement à la recherche de repreneurs pour les 96 hectares du site de Gosselies. Selon le patron de la Sogepa, il sera probablement divisé en quatre. Deux gros opérateurs industriels ont marqué leur intérêt et l’un des deux devrait installer ses activités à Gosselies. Le reste du site sera occupé par de plus petites entreprises.

La page Caterpillar se tourne et une nouvelle va s’écrire. Mais des milliers d’hommes et de femmes, qui ont donné de longues années de leur vie à l’entreprise, n’oublieront jamais ce terrible vendredi 2 septembre 2016.I. L.


Une syndicaliste : " C’est une cicatrice qui sera là pour toujours, pour moi et pour les gens de Charleroi "

Les représentants du personnel de Caterpillar Gosselies ont été au cœur de l’action ces douze derniers mois. Et le travail n’a pas manqué. Il a fallu contenir la colère de certains travailleurs, les mobiliser pour les différentes actions, répondre à leurs angoisses, à leurs questions, et surtout négocier le plan social pendant de longues journées et même des nuits entières dans la phase finale. Ivan Del Percio, délégué FGTB pour les ouvriers, et Martine Cornet, déléguée des employés CNE, reviennent, non sans émotion, sur cette année noire.

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