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Quelques heures avant Bruxelles, le North American International Auto Show a été inauguré à Detroit, la Motor Town, dans le Michigan. C’est le premier grand salon de l’année, parmi ceux qui prennent le pouls et donnent le ton de l’industrie automobile.

Question santé, ça va. Après l’immobilier, la voiture fut la deuxième victime de la crise de 2008, qui a mené deux des trois géants américains, Chrysler et General Motors, à se déclarer en faillite. Pour eux comme pour le troisième larron de la Motor Town, Ford, les remèdes de cheval furent nécessaires, qui ont pour nom restructuration, vente des bijoux de famille comme Saab - on a vu ce que ça a donné -, Land Rover, Jaguar, etc. Entre-temps, Chrysler a été approché par le groupe européen Fiat, qui est monté progressivement dans le capital pour atteindre 58,5 % actuellement. Jugée extrêmement risquée au départ, l’opération a réussi jusqu’ici puisque Chrysler génère dorénavant des liquidités. Et, dans l’ensemble, Ford et GM se portent beaucoup mieux.

Cela est dû à l’évolution favorable de la conjoncture aux Etats-Unis, où le marché automobile se redresse depuis 2010. Après un sommet à 16,5 millions en 2006, les ventes se sont effondrées à 10,4 millions (2009) pour remonter à 11,6 (2010) puis 12,7 millions (2011). Sans espérer atteindre les sommets du milieu de la décennie précédente, l’année 2012 ne se présente pas mal - en tout cas mieux qu’en Europe et dans les pays dits émergents. Aux Etats-Unis, les estimations les plus pessimistes avancent une croissance du marché de 4 %, d’autres tablant sur 9 %. Ce pourrait même être plus, si l’on sait que, sous l’impact de la crise, le parc automobile américain est vieux de 10 ans en moyenne. La nécessité du renouvellement pourrait être l’un des moteurs de l’industrie.

D’autant que, comme en témoigne la quarantaine de nouveautés présentées, depuis lundi, au Cobo Center de Detroit, les constructeurs font preuve de dynamisme et d’inventivité. Tous proposent des véhicules moins polluants et, malgré les déboires de son hybride rechargeable Chevrolet Volt (Opel Ampera en Europe), dont les batteries de trois exemplaires ont explosé lors de tests de sécurité, le constructeur se donne jusqu’à mi-2012 pour évaluer les résultats commerciaux.

L’an dernier, Ford, GM et Chrysler ont grignoté des parts sur leur marché domestique, ce qui n’était plus arrivé depuis une vingtaine d’années. Dans cette Amérique devenue hautement concurrentielle, les Allemands Mercedes, BMW et Audi se taillent la part belle du luxe, les Japonais voudraient retrouver la forme et les Coréens poursuivre sur leur lancée. Les Big Three se développent donc tous azimuts, préparant des voitures attractives de dimensions réduites (concepts Chevrolet Code 130R Tru 140S) mais aussi en réactivant les anciens symboles du grand luxe à la ricaine, Cadillac (GM) et Lincoln (Ford). Cette dernière, avec son concept MKZ, revendique d’ailleurs une influence européenne dans ses lignes et ses proportions. Quant à la nouvelle Dodge Dart, du groupe Chrysler, elle repose sur la plate-forme légèrement agrandie de l’Alfa Romeo Giulietta, ou comment rentabiliser l’alliance avec Fiat en bénéficiant des qualités routières européennes. L’Europe, nouvelle marotte des constructeurs étasuniens ? Pour contrer "die grosse Drei" allemands, c’est un filon.