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Hasard de calendrier Alors que le Bureau fédéral du plan dévoilait ses perspectives économiques 2010-2015, dans lesquelles il est beaucoup question de finances publiques et de compétitivité en voie de dégradation accélérée, l’institut suisse de management IMD - connu depuis de nombreuses années pour la publication annuelle d’un baromètre synthétisant la position concurrentielle d’une cinquantaine de pays développés - a publié au même moment les résultats 2010 dudit baromètre, mais aussi d’un "test de résistance" sur la dette publique. Et le moins qu’on puisse écrire est que la Belgique n’est pas en excellente position!

Du test de résistance appliqué aux ratios d’endettement de plusieurs pays, permettant de calculer l’horizon temporel nécessaire pour atteindre un niveau de dette "soutenable" de 60 % de la richesse nationale (PIB), il ressort que la Belgique devra attendre -moyennant des hypothèses relativement optimistes, dont le dégagement d’un surplus budgétaire de 1 % chaque année et une croissance du PIB équivalente à la période 2000-2010 - pas moins d’un quart de siècle, soit l’année 2035, pour atteindre un ratio d’endettement soutenable.

La Belgique a le triste privilège de se classer en quatrième position du classement de ce test de résistance. Seuls le Japon (pays qui devra "attendre" 2084 pour ramener sa dette à 60 % du PIB!), l’Italie (2060) et le Portugal (2037) devancent notre pays. Dans la foulée belge, on trouve les Etats-Unis (2033), l’Islande (2032) et la Grèce (2031), pays décrié depuis quelques semaines pour sa (non) gestion des finances publiques.

Revenons-en à la compétitivité, problématique au cœur de l’étude "IMD World Competitiveness Yearbook 2010". Là aussi, la Belgique fait plutôt pâle figure. En effet, après une jolie progression au classement publié en mai 2009 (la Belgique avait gagné deux places pour se classer en 22e position sur un total de 57 pays), l’édition 2010 fait cette fois état d’un recul: la Belgique perd trois places et se classe désormais en 25e position (sur 58 pays) au palmarès de la compétitivité. Cette dernière est appréhendée par les experts de l’institut suisse au regard de quatre grands critères: la performance économique, l’efficacité des pouvoirs publics, celle des affaires et les infrastructures (1). Les champions 2010 de la compétitivité sont, dans l’ordre, Singapour (qui passe de la 3e à la 1re place), Hong Kong (qui conserve sa 2e place) et les Etats-Unis (1ers l’année dernière).

Commentant l’étude IMD, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) n’a pas manqué de s’inquiéter de la dégradation de la position concurrentielle belge, laquelle "risque [ ] d’hypothéquer notre capacité à saisir pleinement les opportunités de reprise, plus que d’autres pays, dont nos voisins". Préoccupant également, poursuit la fédération patronale, le fait que la Belgique score de moins en moins bien sur des critères plus structurels. C’est le cas en matière d’efficacité des pouvoirs publics (où notre pays se classe 43e), principalement à cause de notre pression fiscale élevée qui décourage le travail (58e!), de la législation du marché du travail qui ne fournit pas d’incitants à chercher un emploi (56e) et d’une gestion des finances publiques qui laisse à désirer (54e). "Et cela pèse très clairement sur l’efficacité des affaires", martèle la FEB.

Pour Rudi Thomaes, administrateur délégué de la FEB, les résultats "alarmants" de l’enquête IMD sont un avertissement adressé au monde politique et, plus précisément, au futur gouvernement fédéral. "Une meilleure maîtrise de l’évolution des coûts salariaux, des incitants au travail et à l’allongement de la carrière, un lien motivant entre le travail et les droits à la pension et, enfin, des pouvoirs publics fonctionnant de manière plus économe et plus efficace doivent contribuer à mettre un terme à ce déclin", affirme M.Thomaes.

(1) Infos sur le site www.imd.ch.