Entreprise Rencontre

Dans tout le marché, il n’y a probablement que deux personnes que la nomination de Pierre-Yves Bolus à la tête de Devimo Consult n’a pas étonnées : Serge Fautré, le patron d’AG Real Estate dont Devimo est filiale à 100 %, qui l’a engagé et Pierre-Yves Bolus lui-même. Pour ce pionnier du management de centre-ville en Belgique, ex-directeur d’Atrium, l’agence de développement commercial de la Région de Bruxelles-Capitale, il n’y a rien de surprenant à prendre la tête du leader incontesté en gestion de centres commerciaux et de retail parks.

Et de balayer en quelques phrases ce qui a dérouté tout le monde, à savoir son passage de la revitalisation des rues commerçantes à la défense des shopping centers, entre lesquels c’est plutôt la guerre. "Je fais le même métier qu’avant, dit-il en toute simplicité. Chez Atrium, je gérais des rues comme on gère des shoppings. Avec les mêmes méthodes et outils que j’ai étudiés en visitant des centaines de centres commerciaux. C’est donc pour moi une évolution naturelle : je reviens à ce qui a inspiré mon travail." Avec le même bagage : master en Sciences politiques, formation en Urbanisme et rénovation urbaine et certificat en Immobilier. Tout au plus porte-t-il aujourd’hui la cravate alors que durant les 12 ans qui l’ont vu à la tête d’Atrium, il se contentait du seul costume.

Ce grand saut qu’il a effectué le 1er octobre dernier ne le plonge pas dans l’inconnu. "Devimo Consult n’est pas bien différente d’Atrium, poursuit Pierre-Yves Bolus. On est sur des structures similaires : 114 personnes et un budget de 7 millions d’euros chez Atrium; 96 personnes et un chiffre d’affaires de 10,5 millions chez Devimo. En termes de management et d’organisation, c’est quasiment pareil : plusieurs quartiers là, une structure décentralisée avec des directeurs de centres ici." Enfin, au-delà de la gestion pure et dure, Devimo se charge aussi d’études de positionnement et de missions de consultance spécifiques sur des aménagements ou des projets, qu’il pratiquait chez Atrium.

"Depuis des années, je plaide pour un travail commun entre rues et centres commerciaux, insiste le jeune patron de Devimo. Il y a une complémentarité naturelle entre les deux : on n’y va pas pour les mêmes raisons. Je l’ai toujours dit, même si certains pensent que je suis traître à la défense du petit commerce."

Des défis, Pierre-Yves Bolus en a un paquet, mais ne les a pas encore bien définis. Depuis le 1er octobre, il fait surtout du shopping (les visitant et rencontrant les équipes sur le terrain) et de la culture (s’imprégnant de celle de l’entreprise). "Je me donne jusqu’à la fin de l’année pour définir une vraie stratégie." Mais "on sait, sans être grand devin, que les centres commerciaux sont face à des défis gigantesques, liés à l’évolution du comportement des consommateurs face à la crise et à l’e-commerce, à l’augmentation de l’offre et de la concurrence, au fait que les centres-villes vont de mieux en mieux, etc. On ne peut plus gérer un centre commercial - et Devimo en gère quinze - comme avant. On n’est pas des concierges. Il faut réinventer la façon de les animer. C’est le défi majeur. L’animation pour générer du trafic ne suffit plus. Il faut faire du marketing, revoir le positionnement de certains Sur base de quel business model ? Je n’en sais encore rien."

C’est aussi, voire surtout, en matière de "retail parks" (regroupement de commerces en périphérie autour d’un parking commun) que Devimo, qui en a dix en portefeuille, a une carte à jouer. "Dont la gestion est, pour l’heure, assez sommaire, reconnaît Pierre-Yves Bolus. Trop administrative (calculs des charges, gestion des baux, renouvellement ) et technique; pas assez marketing, en accord avec l’association des commerçants."

"Je crois aussi à une croissance interne de la société, en ajoutant des services, conclut-il. Devimo Consult profite d’informations uniques sur les visiteurs, leur profil, etc., qui ne sont pas suffisamment exploitées et sur lesquelles on peut capitaliser pour créer de nouveaux services. Au bénéfice de nos clients, qui sont tant les propriétaires que les locataires." Ceux-ci seront réunis la semaine prochaine à Cannes, à l’occasion du Mapic, le grand Marché international professionnel de l’implantation commerciale et de la distribution. Où Pierre-Yves Bolus sera officiellement présenté, "même si je connais déjà tout le monde". Rendez-vous est pris le jeudi 15 novembre à midi au traditionnel cocktail bon enfant de Devimo. René Annaert, son prédécesseur, y allait toujours d’un petit discours détonnant aux accents humoristico -insolents. Un exercice que Pierre-Yves Bolus aura plaisir à faire différemment.