Entreprise Dix-sept organisations rejoignent le réseau CEASE, contre les violences conjugales. Celles-ci ont un impact sur le travail des victimes.

Difficile de séparer la vie privée et la vie professionnelle. Inévitablement, l’une a un impact sur l’autre et vice versa. Ce constat existe aussi pour les violences conjugales. Or on estime que plus d’une femme sur trois est victime de violences entre partenaires au cours de sa vie. Avec des conséquences sur son absentéisme au boulot, sa capacité à travailler… comme le montre l’étude de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH).

À côté du coût humain, il existe un coût financier. Pour la société (coûts médicaux, juridiques…). Pour les entreprises aussi. En 2015, l’impact sur la productivité était estimé à 288 millions d’euros en Belgique, par Pour la Solidarité (PLS). Il y a trois ans, ce think tank a commencé à travailler sur cette problématique, avec Carve (Companies Against Gender Violences), un projet de sensibilisation auprès des employeurs.

Aujourd’hui, le think tank va plus loin, avec CEASE. "Le projet Carve était assez théorique. L’idée était de rassembler les bonnes pratiques qui existaient dans différents pays. Avec un constat : dans les entreprises, pas grand-chose n’était fait contre les violences conjugales", explique Anna Métral, en charge de CEASE. "C’est la suite. Nous avons commencé il y a un an avec le soutien financier de la Commission européenne. Le but est de concrétiser ce que nous avions appris avec Carve. Nous allons aider les entreprises à devenir des environnements sécurisants et soutenants pour les victimes de violences."

Dix-sept organisations (1) ont rejoint le projet. Et ce dans trois pays : la Belgique, la France et la Grèce. "C’est avec ces pays que nous avons travaillé sur le projet Carve. L’idée après est de s’étendre à d’autres à terme", note Anna Métral.

CEASE propose plusieurs actions aux entreprises pour qu’elles deviennent des acteurs de la lutte contre la violence entre partenaires. La première est la signature d’une charte, qui a eu lieu, selon la situation géographique des entreprises, à Paris le 9 novembre ou hier à Bruxelles. Dans cette charte, les entreprises s’engagent à suivre les formations proposées par PLS. "Il s’agit de formations classiques et d’e-learning pour apprendre comment repérer les victimes, comment les soutenir… Au départ, elles s’adresseront surtout aux managers, aux responsables RH, aux responsables bien-être, à la personne de confiance dans l’entreprise… Idéalement, il faudrait que tout le monde soit formé", estime Anna Métral. Des campagnes d’affichage, de communication… seront aussi menées par les entreprises. "Il faut faire en sorte que tous, au sein de chaque organisation, soient au courant qu’il existe la possibilité de parler à quelqu’un de ses problèmes, afin de trouver des solutions, comme une adaptation de ses heures de travail, une diminution de sa charge… En fait, des solutions RH existent déjà dans les entreprises, mais on ne pense pas à les appliquer en soutien aux victimes de violences conjugales."

Autre axe d’action : une carte interactive - Impact map - qui rassemble toutes les associations qui travaillent sur cette thématique en Europe. "Cela peut être des refuges, des services médico-légaux, des associations qui font de la formation sur le sujet…", précise Anna Métral, qui note un intérêt réel de la part des entreprises. "Quand nous essayons de recruter des organisations, nous voyons bien qu’elles sont intéressées mais surtout étonnées par notre démarche. L’impact de la violence conjugale sur le travail est un sujet dont on parle peu. Pour l’instant nous avons réussi à rassembler des entreprises du privé et des entreprises sociales. Nous commençons à travailler avec le public. La problématique existe partout."

Le think tank travaille aussi sur un projet de label, en collaboration avec l’IEFH, pour 2020. "Mais rien n’est encore confirmé. C’est juste une volonté que nous avons."

(1) SMart, ENGIE, Pour La Solidarité, DIESIS, Mission locale de Bruxelles-Ville, SPF Affaires étrangères, Actiris, Ethias, Spie, Centrale de Services à Domicile, Commune de Woluwe-Saint-Lambert, OFFA, ONEM, SPRB, Foresto, SPF Fiscalité, Amnesty.

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