Entreprise

reportage

Oui, la chimie peut tendre vers le vert. C'était le 11 mai 2007. Ecover inaugurait alors sa deuxième usine dite "écologique", dans un espace exceptionnel : le parc de Landacres à côté de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Dans cette zone industrielle verte (1), des règles de respect de l'environnement sont imposées aux entreprises. Elles concernent aussi bien la production que la façon de s'implanter (couleur et hauteur des façades, matériaux de construction, etc). Qu'Ecover ait opté pour ce type de contexte n'a rien d'étonnant après avoir construit la première usine écologique du monde à Malle en Belgique, au milieu des années quatre-vingt. L'investissement en France a représenté 10,5 millions d'euros (700 000 pour le terrain, 6 millions pour le bâtiment, et 3,8 millions pour les machines et autres équipements). Et Jean-Louis Desmedt, l'homme qu'Ecover a débauché chez Toyota pour prendre la direction de son site français, est tout fier d'en faire faire le tour du propriétaire. En guise de préambule, le grand patron belge Michaël Bremans, tire le bilan de son "petit" groupe dont "le chiffre d'affaires atteindra 66 millions d'euros cette année".

"Quand, en 2002-2003, on a décidé de construire une autre usine", se souvient le patron, "on a d'abord opté pour la Campine. Mais il a été impossible de rester tout près de Malle. Il y avait une option sur un terrain, mais... nous attendons toujours la réponse à ce jour ! Donc, nous avons choisi la France. Elle représente 8 pc de notre chiffre d'affaires : c'est peu par rapport aux 50 pc de l'Angleterre, mais le marché français grossi de 20 pc par an !" Et d'annoncer que, dès le mois de janvier, les produits Ecover seront référencés dans la grande distribution (précisément, un million d'euros de marchandises vont débarquer dans les rayons des magasins Auchan), ce qui en accentuera la percée dans le grand public qui, jusqu'ici, se les procurait seulement dans les magasins diététiques

"En Belgique, la présence en grande distribution a connu des hauts et des bas. Les produits sont revenus chez Carrefour, il y a un an. Et ils sont également chez Colruyt et Delhaize, qui a élargi sa gamme le mois passé." Le placement des produits dans les grands magasins est une étape cruciale. "C'est ce qui a changé l'entreprise à la fin des années 80. N'arrivant pas à répondre à la demande, le fondateur a alors vendu au danois Jürgen Filip Sörensen qui est toujours le propriétaire de l'entreprise dont il a permis le développement." La nouvelle stratégie française n'a donc rien d'anecdotique, d'autant que l'objectif est de faire doubler le chiffre d'affaires. "L'objectif est d'ailleurs d'entrer en grande distribution dans un maximum de pays." C'est aussi le cas en Allemagne et aux Etats-Unis mais pas encore aux Pays-Bas, sauf quelques produits actuellement testés.

Recentrage vers la France

Dans le même temps, la production est, elle aussi, quelque peu réorganisée. La fabrication d'une série de produits (savon vaisselle, lessive, etc.) sera bientôt transférée de Malle à Landacres qui devrait assurer, à terme, un quart du volume. "Par son dimensionnement, l'outil français permet de gros volumes et de grosses cadences." L'usine suisse reprise en 2003 près de Berne sera bientôt arrêtée. Quant au site belge, grâce à sa polyvalence et à sa flexibilité, il correspond mieux à des produits plus spécialisés (détachants laine, crème à récurer, etc.) mais moins importants en volume. "Ces transferts n'auront aucune incidence sur l'emploi. Nonante-deux personnes sont employées en Belgique actuellement. On passera la barre des 100 en 2008. Douze personnes travaillent ici. On va engager une deuxième équipe ainsi que des commerciaux pour arriver à 25."

La visite du site français de 10 000 m2 (dont 5 000 d'usine) confirme que tout est prêt pour l'accélération des cadences, sur fonds de repositionnement écologique. "Aujourd'hui, tout le monde utilise l'huile de palme, de colza, etc., pour remplacer les matières premières pétrolières. Si nous voulons rester pionniers, il faut passer à autre chose." Pas de détails... "Le vrai défi consiste à pouvoir le faire, à des prix comparables aux autres", prévient Michaël Bremans.

Organisation innovante

Ambition et respect de l'environnement transpirent de chacun des espaces traversés. Toiture végétalisée et charpente en bois. Des puits de lumière pour éclairer, naturellement le plus souvent possible, la zone de réception des matières premières. Dans les locaux techniques et ateliers attenants, des meubles fabriqués par le personnel à partir de matériaux de "récup". Dans la zone de maintenance, des produits dangereux (parfums) clairement identifiés. Ainsi que les taques d'égout spécifiquement prévues pour les eaux usées.

Dans un local, deux petits compresseurs assurent l'air comprimé nécessaire au fonctionnement des machines. Un autre abrite un système impressionnant de purification de l'eau. "Une deuxième équipe arrivera en février car les trois machines de positionnement, remplissage et étiquetage tournent à capacité maximale", précise plus loin le maître des lieux, Jean-Louis Desmedt. "Chaque opérateur est polyvalent." Et en gestion du personnel, ce patron s'y connaît. Inspiré de ce qu'il a découvert chez Toyota et, précédemment, Unilever, il a importé à Landacres un système de gestion des problèmes très collective. "Le même modèle sera prochainement implémenté à Malle."

(1) Voir tous les détails de la gestion différenciée de cette première zone industrielle certifiée ISO 14 001sur le site de la Libre

www.lalibre.be