Entreprise

C’est une véritable bataille qui se joue dans les coulisses politiques et économiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Qui en sont les protagonistes ? Pour quoi se battent-ils ? Et à quelle issue peut-on s’attendre ?

Concentrons-nous sur les enjeux économiques du dossier. Au centre de la bataille, on trouve les Editions de l’Avenir (EdA), dont le pôle public wallon Publifin/Nethys est devenu l’unique actionnaire en 2013. En quatre ans, rien n’a vraiment été entrepris par Nethys, et son pôle télécoms VOO, envers EdA. La seule chose qui a évolué, c’est la situation financière. Et pas dans le bon sens. L’activité "journaux et sites web" du groupe de presse namurois aurait perdu près d’un demi-million d’euros en 2017. A cela, il faut ajouter deux autres activités : Avenir Développement (où sont logés "Moustique" et "Télé Pocket") et Avenir Advertising (avec le gratuit "Proximag", qui est devenu un foyer de pertes importantes). Si on consolide les comptes de ces trois activités, la perte du pôle Avenir avoisinerait les 2 millions.

Avec Jos Donvil désormais aux manettes des Editions de l’Avenir en plus de la direction de Voo, tout indique que Nethys va passer à l’action. D’après nos informations, Stéphane Moreau aurait enfin décidé d’enclencher la stratégie annoncée voici quatre ans : créer des synergies entre contenus éditoriaux de l’Avenir et Voo au profit des clients fixes et mobiles du câblo wallon. Pratiquement, ces synergies se feraient par une intégration du pôle médias au sein de Voo.

Priorité à l’intégration de l’Avenir à Voo

Si cette intégration peut avoir du sens, elle semble davantage répondre à une stratégie financière. Nethys aurait en effet déboursé un peu plus de 30 millions d’euros, en 2013, pour mettre la main sur les Editions de l’Avenir. Problème : aujourd’hui, la valeur du pôle EdA/Avenir Hebdo/Avenir Advertising aurait fondu de quelques millions. Or, on parle ici d’argent public… Afin de ne pas acter une telle moins-value en cédant l’activité média et s’attirer à nouveau les foudres du monde politique wallon, M. Moreau aurait opté pour une intégration maximale au sein de VOO.

IPM Group et Rossel, les deux grands rivaux du paysage média francophone belge, observent tout ça avec grande attention. Ils sont d’accord sur au moins une chose : une consolidation du marché - en passant de trois à deux acteurs - est devenue inévitable. Dans un environnement de plus en plus numérique, un groupe de presse doit en effet atteindre une taille critique suffisante pour investir et se redéployer sur les nouveaux supports.

François le Hodey, patron d’IPM, a confirmé récemment à Publifin qu’il était candidat à la reprise des EdA. Cela permettrait aux deux entités de faire jeu égal avec Rossel en termes de parts de marché (voir notre infographie ci-dessous). Rossel, de son côté, peut difficilement racheter les EdA sans avoir les autorités belges de la concurrence sur le dos.

Bernard Marchant, patron de Rossel, joue donc une autre carte : celle des synergies. Rossel a déjà avancé un premier pion capital en nouant, l’an dernier, un partenariat publicitaire avec EdA. Ce partenariat pourrait ne pas être le seul puisque Rossel est l’un des deux candidats en lice pour imprimer "L’Avenir" à partir de 2019.

© IPM Graphics

Double concentration au profit de Rossel ?

Ces synergies entre Rossel et EdA ne résoudraient rien en termes de concurrence et de gouvernance. Elles font même dire, tant chez IPM que dans le monde politique, que l’intégration verticale Voo/EdA contribue de facto à la concentration horizontale Rossel/EdA… Autrement dit, Rossel serait en train de prendre le contrôle de 70 % du marché publicitaire et de l’impression de la presse quotidienne en FWB, tout en laissant la rédaction de "L’Avenir" entre les mains de Voo/Nethys !

Le deuxième étage de la fusée consisterait alors à céder Voo/EdA. Selon le scénario le plus plausible, c’est Telenet ou Orange Belgique qui devrait se porter acquéreur, non pas pour mettre la main sur EdA mais sur le réseau. Car une fois Voo racheté, l’acquéreur s’empressera de céder EdA ! Et là, vu les synergies publicitaires et industrielles bâties avec EdA, Rossel serait clairement en position de force pour emporter le morceau.