Entreprise

Ces derniers mois, l'industrie du jeu vidéo a connu une accélération importante, essentiellement grâce à la guerre que se livrent les producteurs de consoles de jeux (Sony avec la Playstation 2, Microsoft avec la Xbox et Nintendo avec le Gamecube). Dans cette industrie, Electronic Arts continue de dominer (largement) les débats, tandis que Infogrames reste le premier acteur européen, en ayant toutefois connu des moments difficiles sur le dernier exercice, ce qui a entraîné un plongeon de plus de 75 pc de son cours boursier. Inversement, Electronic Arts est resté bien orienté, engrangeant plus de 10 pc sur les 12 derniers mois.

NOUVELLES CONSOLES

Tant Infogrames qu'Electronic Arts sont des producteurs très diversifiés et sont actifs sur l'ensemble des supports disponibles, de la Playstation 2 au PC en passant par le Game Boy Advance ou encore le jeu en ligne. Ces dernières années, l'essentiel de la croissance des bénéfices est toutefois provenu du marché des consoles, sur lequel le piratage est moins répandu, les prix plus élevés, et par conséquent les marges nettement plus épaisses. De plus, il devrait y avoir entre 180 et 200 millions de consoles d'ici fin 2005, soit une pénétration équivalente à celle enregistrée par le magnétoscope dans les économies occidentales.

Depuis 2001, trois nouvelles consoles se partagent le marché, la Playstation 2 de Sony largement en tête (avec plus de 40 millions d'unités vendues), suivie par la Xbox et la Dreamcast (avec moins de 10 millions d'unités chacune). Généralement, une console a un cycle de vie de 5 ans, et les producteurs de jeux engrangent leurs meilleures années lors des troisième et quatrième années du cycle. Comme les trois consoles sur le marché sont pour le moment au début de leur cycle de vie, les perspectives restent très bonnes pour au moins les deux prochaines années. De plus, le public disposant d'une console n'est aujourd'hui plus limité aux adolescents et a considérablement vieilli par rapport au début des années 90. Les gens possédant une console dépensent en moyenne 25 pc de plus en jeux qu'auparavant. Pour 2003, le chiffre d'affaires des producteurs de jeux est attendu en progression de 20 à 25 pc.

LEADER MONDIAL

Electronic Arts reste (de loin) le leader mondial du jeu vidéo, avec une capitalisation boursière dépassant les 9 milliards de dollars. La stratégie du groupe est relativement simple: rendre le chiffre d'affaires le plus prévisible possible en se focalisant sur les jeux de sports (40 à 45 pc du chiffre d'affaires) et sur les jeux tirés de films à succès (essentiellement Harry Potter, James Bond et Le Seigneur des Anneaux). Et cette stratégie reste pour le moment couronnée de succès, avec une part de marché supérieure à 15 pc aux Etats-Unis, et un monopole sur le palmarès mensuel des meilleures ventes de jeux. Sur le second trimestre de l'exercice en cours, les ventes du groupe ont explosé de 88 pc, soit largement au-dessus des attentes des analystes américains. Les ventes sur la Playstation 2 représentaient près de 50 pc du chiffre d'affaires.

En étant présent très rapidement sur le marché des nouvelles consoles de jeux (avec par exemple près de 40 pc des titres disponibles au lancement de la Playstation 2), Electronic Arts s'est assuré une position difficilement contestable sur les différents supports, et a même récemment détrôné Microsoft comme premier producteur de jeux pour la Xbox. Même le secteur du jeu en ligne, pourtant à l'origine des problèmes de la plupart des producteurs de jeux informatiques, devrait devenir rentable l'année prochaine, notamment grâce au lancement de la version en ligne de son célèbre jeu Sims.

Notons également qu'Electronic Arts n'est pas endetté, et dispose de près d'un milliard de dollars pour procéder à des acquisitions, ou pour acheter les droits des grands films produits par Hollywood. Bref, dans un contexte qui reste morose pour les actions technologiques américaines, Electronic Arts continue d'afficher une belle santé et dispose encore d'une marge de manoeuvre importante pour faire grimper sa part de marché.

TRANSITION DIFFICILE

Lors du lancement de la Playstation 2, Infogrames est resté plutôt frileusement à l'écart, en maintenant une part importante de ses efforts sur les consoles de l'ancienne génération et sur la XBox. Cette stratégie prudente s'est retournée contre le groupe, essentiellement en raison de la croissance rapide observée par les ventes de jeux pour la Playstation 2 aux Etats-Unis. De plus, Infogrames a accumulé une dette importante (plus de 500 millions d'euros) suite à quelque 17 acquisitions réalisées depuis 1996, ce qui limite maintenant la capacité du groupe à attirer de nouvelles licences et empêche toute acquisition majeure.

Dans cette optique, il est probable qu'Infogrames devra prochainement soit pratiquer une augmentation de capital (ce qui diluera encore le potentiel bénéficiaire des actionnaires actuels), soit trouver un accord avec ses créanciers en vue de restructurer sa dette.

Le groupe dispose toutefois de plusieurs atouts, notamment un portefeuille de licences très diversifié (avec Matrix, Men in Black, Mission Impossible, Asterix ou encore Terminator), ainsi qu'une bonne position sur l'important marché américain (ce qui entraîne toutefois un effet de change défavorable). Infogrames aura surtout besoin dans le futur proche de disposer de plusieurs titres à succès afin de pouvoir diminuer rapidement son endettement et retrouver une marge de manoeuvre avec ses créanciers.

Si le groupe doit renouer avec les bénéfices sur l'exercice en cours, il est toutefois peu probable que la rentabilité redevienne significative avant l'exercice 2003-2004, date à laquelle la génération actuelle de consoles aura atteint sa maturité, et où les perspectives seront de plus en plus dépendantes dans la prochaine génération de consoles (probablement la Playstation 2 et la Xbox 2).

INFOGRAMES À ÉVITER

Du côté des analystes, la préférence va clairement à la stabilité et la sécurité des bénéfices d'Electronic Arts, qui a reçu 15 avis d'achat pour seulement 5 neutres sur le dernier trimestre. Inversement, ils continuent de se méfier d'Infogrames, malgré le redressement bénéficiaire attendu dans les deux prochaines années. L'endettement élevé du groupe, le peu de réussite commerciale de ses récents titres et le gouffre financier des activités liées à Internet les incitent à recommander la prudence. Seulement 3 avis positifs ont été signifiés sur les trois derniers mois, contre 4 neutres et 8 avis de vente.

© La Libre Belgique 2002