Entreprise Ryanair crée la polémique en annulant de très nombreux vols jusqu’à la fin octobre. La raison première est le manque de pilotes disponibles. Ce sont les vols peu rentables qui vont d’abord passer à la trappe.


Un vent de panique souffle actuellement sur la compagnie aérienne Ryanair. Vendredi soir, le transporteur irlandais annonçait la suppression de 2 000 vols jusqu’à la fin octobre, soit 40 à 50 vols annulés par jour.

La raison officielle justifiant ces nombreuses annulations est une première dans l’histoire de l’aérien : Ryanair dit vouloir améliorer sa ponctualité mise à mal ces derniers jours en raison "de délais générés par l’intensité du trafic, de grèves, de conditions météorologiques défavorables et de l’obligation de respecter les obligations de congé des pilotes et des équipages (sic)".

Voilà pour la communication de Ryanair. D’après nos informations, la réalité est la suivante : la compagnie est à cours de pilotes disponibles dans les prochaines semaines et elle supprime des vols peu rentables.

On vous explique. Les responsables des ressources humaines de Ryanair s’arrachent les cheveux depuis le début du mois de septembre. Leur obsession ? Trouver un pilote disponible. Cette période a été choisie par de nombreux membres d’équipages pour prendre congé, après des mois de juillet et août très intensifs. Dans un courriel envoyé le 13 septembre dernier à l’ensemble des pilotes de la compagnie irlandaise - dont "La Libre" a pu prendre connaissance - le directeur des opérations Michael Hickey explique ainsi que la disponibilité de ses pilotes diminue de "manière significative de mois en mois".

Des congés à prendre avant décembre

Le ton est assez alarmiste. "Nous contacterons prochainement tous les pilotes à qui l’on a octroyé un mois de congé pour déterminer leur disponibilité durant ce mois, et ce afin de leur attribuer certaines missions permettant de ne pas mettre en danger le bon déroulement de nos opérations."

Le directeur justifie ce manque de disponibilité par un changement de calendrier dans l’attribution des congés. Ryanair doit se conformer aux règles de l’IATA, l’association internationale du transport aérien, et les pilotes ont désormais jusqu’au 31 décembre pour prendre leurs congés légaux annuels, contre le 31 mars de l’année suivante auparavant (avec une année comptable allant de fin mars à avril). M. Hickey évoque une "période de transition" où la contribution de chacun serait "fortement appréciée" pour sortir de ce "défi à court terme".

Selon lui, la réserve d’équipage reste toutefois globalement "solide". Certaines sources internes évoquent pourtant des départs massifs de pilotes, surtout expérimentés, cet été, ainsi que de membres de la direction irlandaise. Ryanair est, en quelque sorte, pris à son propre jeu. Les contrats, parfois précaires et à la limite de la légalité, proposés aux employés, ne les incitent pas à rester dans cette compagnie. Or que ce soit en Europe ou surtout en Asie, les transporteurs aériens engagent massivement de nouveaux pilotes à des conditions souvent plus avantageuses.

Des orages et une grève qui ont bon dos

On se rend ainsi compte que les orages en Italie ou la "grève" des contrôleurs aériens, justifiant l’annulation de plusieurs centaines de vols ces derniers jours par Ryanair, ont eu bon dos. La compagnie irlandaise a été la seule à supprimer autant de vols, là où d’autres compagnies, confrontées aux mêmes difficultés, n’ont enregistré que quelques perturbations de leur programme.

En plus d’un manque de pilotes disponibles, Ryanair aurait aussi sauté sur l’occasion pour supprimer des vols peu rentables. Car si la plupart des destinations de Ryanair font carton plein durant les mois d’août et juillet, les avions sont beaucoup moins remplis dès le 15 septembre. Or, comme pour toute compagnie, Ryanair doit assurer son "programme été" jusqu’au mois d’octobre.

La stratégie de Ryanair est donc la suivante : régler son problème de disponibilité des pilotes, tout en annulant les vols les moins rentables de cette période "transitoire". Le tout en prévenant le passager suffisamment à temps pour éviter de devoir lui payer certaines indemnités voulues par l’Union européenne.

Mais ce coup de poker a aussi son revers de la médaille. L’image de la compagnie en a pris pour son grade ces derniers jours. Au vu des très nombreuses réactions indignées sur les réseaux sociaux, il faudra du temps et de la créativité à la compagnie irlandaise pour pouvoir récupérer certains passagers.


"Pas en manque de pilotes"

Suite à la parution de cet article, Ryanair nous a fait parvenir cette réaction ce mercredi 20 septembre : "Ryanair n'est pas en manque de pilotes - nous avons été en mesure d’assurer l’intégralité de notre programme de vols lors du pic de la saison été en juin, juillet et en août - mais nous nous sommes plantés dans l'attribution de congés annuels aux pilotes en septembre et octobre car nous essayons d'allouer les congés d'une année entière dans une période de 9 mois, d'avril à décembre. Ce problème ne se reproduira pas en 2018 alors que Ryanair retourne à une année de congés planifiés sur 12 mois, entre le 1er janvier et le 31 décembre 2018."