Entreprise Une avancée, l’accord européen sur les travailleurs détachés ? Le secteur belge de la construction se montre très réservé.

C’est avec une bonne dose de scepticisme que le secteur belge de la construction a accueilli, mardi, l’accord intervenu lundi soir entre les ministres européens de l’Emploi et des Affaires sociales au sujet de la délicate réforme de la directive du travail détaché. Pour rappel (lire notre édition précédente), à l’avenir, des règles devraient garantir que les travailleurs "détachés" bénéficieront du même salaire que les employés locaux lorsqu’ils effectuent un travail similaire au même endroit.

On estime dans notre pays le nombre de ces "travailleurs détachés" - dont la période maximale de détachement sera abaissée à 12 mois ou 18 mois sous conditions - à environ 185 000, principalement originaires des pays voisins, mais aussi de Pologne, des autres pays de l’Est et du Portugal. Et la moitié de ce chiffre concernerait directement le secteur de la construction. Qui aujourd’hui est donc très loin de crier victoire. "Même à ‘travail égal, salaire égal’, il sera toujours question de concurrence déloyale", souligne la Confédération Construction. Et d’enfoncer le clou : "Même si ces nouvelles règles sont respectées, il n’en demeure pas moins que la différence de coûts salariaux entre les entreprises de construction belges et étrangères reste un point de friction majeur. Les entreprises de construction étrangères paient en effet leurs cotisations de sécurité sociale dans leur pays d’origine, où elles peuvent être bien inférieures. La différence peut grimper jusqu’à 20 %, voire 30 %." Même son de cloche du côté du Syndicat neutre pour Indépendants pour qui "le dumping social et la concurrence déloyale restent un fléau dans notre pays".

Des critiques sur la portée de cet accord européen ont également été alimentées par le fait qu’un certain nombre de pays d’Europe centrale… n’ont pas souscrit à l’accord européen.

"Pas encore de saine concurrence"

Sur le terrain, les entreprises regardent cet accord d’assez loin, se rassemblant sous la bannière de leur Confédération Construction. D’autant que toutes ne sont pas touchées de manière égale. Thomas&Piron, par exemple, ne l’est pas pour deux de ses trois unités. Pour celles qui traitent de construction de maisons individuelles et de rénovation, le groupe a sa propre main-d’œuvre locale. "C’est historique, explique Philippe Callens, DRH du groupe Thomas&Piron. On a besoin de petites équipes, flexibles et la sous-traitance n’est pas la solution." Ce qui est moins le cas de l’unité "grands bâtiments" pour laquelle appel est parfois lancé à de la sous-traitance qui se coalise autour d’un noyau central de 150 ouvriers sous contrat T&P. "Mais si on le fait pour des raisons de coûts, ne nous voilons pas la face, on le fait aussi - voire même surtout, du moins au début - pour une question de pénurie de main-d’œuvre qualifiée." Là où l’ancienne législation sur les travailleurs détachés les faisait pester, c’était dans le cadre de concours et de soumissions. "On en perdait notre latin, sourit M. Callens. Car certains soumissionnaires se limitaient à encadrer une masse de main-d’œuvre détachée. Du coup, on nous trouvait trop cher."

Il n’empêche, cette avancée est encore "trop relative par rapport à ce qui est réellement un frein : le coût de la main-d’œuvre en Belgique et des cotisations sociales, conclut-il. On ne peut pas encore dire qu’on a retrouvé une saine concurrence. Pour enrayer les effets pernicieux du dumping social, il va encore falloir travailler."