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La plupart des pays luttent pour améliorer leur niveau de vie et réduire la pauvreté. La Chine, l'Inde et l'Ouganda se distinguent par leurs remarquables progrès dans ce domaine. Au cours des 20 dernières années, la Chine a connu un taux de croissance sans précédent, parvenant ainsi à extraire de la pauvreté quelque 400 millions de personnes. L'Inde a plus que doublé son taux de croissance moyen depuis les années 1970, et la pauvreté a nettement reculé dans ce pays. Entre 1993 et 2002, l'Ouganda a atteint un taux de croissance égal à huit fois la moyenne enregistrée en Afrique sub-saharienne, accompagné lui aussi d'une régression de la pauvreté.

Comment y sont-ils parvenus? Le Rapport sur le développement dans le Monde 2005 - «A Better Investment Climate for Everyone» - montre que ces succès s'expliquent pour beaucoup par les progrès que chacun de ces pays a accomplis pour assainir le climat de l'investissement et par les opportunités et les incitations offertes aux entreprises pour investir rentablement, créer des emplois et se développer. Le Rapport montre que la problématique ne s'arrête pas à la seule réglementation et décrit les stratégies que les pays peuvent mettre à profit pour améliorer leur climat de l'investissement.

Motivées par la quête de profits, les entreprises de tous types - depuis les agriculteurs et les micro-entrepreneurs jusqu'aux industries locales et aux multinationales - jouent un rôle essentiel au développement. Elles créent la grande majorité des emplois nécessaires pour augmenter les revenus. Elles fournissent la plupart des biens et des services indispensables pour améliorer les niveaux de vie. Elles paient des taxes qui financent les investissements publics dans les secteurs de la santé, de l'éducation et dans d'autres services collectifs. Or, le volume de ces apports dépend largement du climat de l'investissement. Les pouvoirs publics détériorent le climat de l'investissement de leur pays en créant des risques, des coûts et des barrières à la concurrence, trop souvent injustifiés.

Les risques d'ordre réglementaire diminuent l'attrait des opportunités et concourent à la frilosité des investissements, comme le montrent les enquêtes menées auprès de 30.000 entreprises réparties dans 53 pays et sur lesquelles s'appuie le rapport. (...) Les pouvoirs publics font également peser sur les entreprises des coûts élevés qui compromettent la rentabilité de nombreux projets commerciaux et industriels. Les firmes se plaignent partout des taxes mais, souvent, celles-ci ne sont pas le plus lourd fardeau qu'elles ont à supporter. (...) Les barrières à la concurrence risquent aussi d'émousser la motivation des entreprises à innover et à obtenir en permanence des gains de productivité pour rivaliser entre elles, deux facteurs déterminants de leur croissance à long terme. Pourquoi certains pays progressent-ils plus vite que d'autres lorsqu'ils s'attaquent à ces problèmes? Il s'agit là moins d'une question d'argent que de volonté politique: beaucoup d'améliorations peuvent être apportées en prélevant peu sur le budget, et une croissance plus rapide augmente les recettes fiscales. Encore faut-il que les gouvernements s'engagent à traiter les causes plus profondes des échecs politiques. Il leur faut mettre un frein à la corruption et à d'autres formes de clientélisme qui déforment les politiques et gonflent les coûts, et construire une crédibilité politique pour donner aux entreprises la confiance nécessaire pour investir. Il leur faut aussi gagner le soutien de la population aux réformes pour permettre et soutenir durablement celles-ci, et s'assurer que leurs réponses politiques sont adaptées aux conditions locales.

C'est un programme de travail ambitieux et exigeant, mais tout n'est pas à faire en un jour. Des résultats impressionnants peuvent être obtenus en traitant en priorité les contraintes les plus importantes et en recherchant durablement des améliorations progressives. La Chine a commencé par améliorer la sécurité des droits de propriété, d'abord dans le secteur agricole puis dans toute son économie, alors qu'elle est toujours confrontée à des défis dans le secteur financier et les infrastructures. Elle a poursuivi par des réformes destinées à améliorer son climat de l'investissement dans tous les secteurs. L'Inde a commencé par assouplir les restrictions générées par la bureaucratie et les barrières commerciales puis elle s'est attaquée à d'autres problèmes endémiques. L'Ouganda a également su améliorer son climat de l'investissement par des mesures qui sont allées de réformes de la fiscalité et des échanges commerciaux à la simple accélération des formalités à accomplir pour enregistrer une entreprise. Les priorités doivent être évaluées dans chaque cas. Mais la persévérance, bien plus que la perfection, est la clé du succès.

Dans un monde où plus de la moitié des habitants vit avec moins de 2 dollars par jour, où le taux de chômage et de sous-emploi est très élevé parmi les jeunes et où la croissance démographique est rapide, les gouvernements doivent avoir pour priorité absolue de créer un meilleur climat de l'investissement pour promouvoir la croissance dans les pays en développement. La communauté internationale doit aussi apporter une aide plus importante. Les restrictions aux échanges commerciaux et d'autres distorsions du marché induites par les pays développés dégradent le climat de l'investissement des pays en développement (...)

FRANÇOIS BOURGUIGNON

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Economiste en chef et vice-président senior de la Banque mondiale; directeur du Rapport sur le développement dans le monde 2005 de la Banque mondiale, www.worldbank.org/wdr2005.

© La Libre Belgique 2004