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Les assureurs tapent sur le clou depuis quelque temps déjà, invitant le politique à permettre d’inclure l’assurance dépendance dans la couverture de l’assurance groupe. Rien, jusqu’à présent, n’a bougé. Or, le problème est chaque jour un peu plus crucial puisque le vieillissement de la population entraîne mécaniquement à la hausse le nombre de personnes pouvant avoir besoin d’aide à domicile ou devant intégrer un home.

"Plus on est âgé, plus on rencontre des problèmes de santé", rappelle Philippe Colle, administrateur-délégué d’Assuralia, l’union professionnelle des entreprises d’assurance. Ainsi, l’essentiel des dépenses de santé intevient au cours des trois dernières années de la vie de la personne.

En soi, la sécurité sociale couvre l’essentiel des frais de santé. Mais il y a bien plus. "Il y a aussi tout le reste", note Philippe Colle, en évoquant les frais du kiné, de médicaments ou des aides à domicile.

Quelques statistiques, en tout cas, interpellent. Ainsi, 30 % des Belges terminent leur vie dans un home. Bien souvent, le montant de la pension légale n’est pas suffisant pour faire face aux dépenses liées à un séjour dans un home. Ces frais varient en moyenne de 1 200 à 2 000 euros, hors frais médicaux, selon les chiffres fournis par Assuralia.

Et quelque 60 % des personnes âgées ont besoin de soins à domicile au cours des cinq dernières années de leur existence, pour un montant moyen de 680 euros par mois, un montant qui intègre les frais médicaux. "Toutes ces dépenses ne sont pas prises en charge", souligne Philippe Colle.

L’assurance dépendance, justement, pourrait couvrir tous ces frais qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale ou une assurance hospitalisation. Elle s’adresserait avant tout aux personnes âgées, mais pas uniquement. "L’assurance dépendance peut intervenir à tout momement, comme par exemple après une hospitalisation si la personne a besoin d’aide à domicile", explique Luc Van Camp, président de la division santé au sein d’Assuralia. "La couverture d’une assurance dépendance est en termes de service et non de paie ment. Cela ne rime à rien de dire que l’assurance couvrira par exemple 500 euros par mois. Que vaudront 500 euros dans 20 ans ? La couverture vise plutôt à proposer 20 heures de services par mois à la personne assurée. Il appartiendra à l’assureur d’organiser et de financer ces services."

En soi, tout cela pourrait aller très vite. "Il suffirait de changer une petite phrase dans un arrêté royal", relève Philippe Colle.

L’appel d’Assuralia au monde politique est de permettre de commercialiser cette assurance dans le cadre de l’assurance groupe. "Nous ne demandons pas qu’elle devienne obligatoire mais que sa souscription soit possible dans ce cadre", explique Philippe Colle. "Ce serait plus intéressant pour l’employeur d’accorder cet avantage plutôt que d’augmenter son employé."

Et pourtant, les choses n’avancent guère. Une question de mentalité, peut-être. "Il faudra sans doute encore attendre 10 à 12 ans avant que les gens ne se rendent comptent de l’intérêt d’une telle couverture", poursuit Philippe Colle. "plus on attend, plus la problématique devient aigue."

Certes, il est possible de souscrire à titre personnel une assurance dépendance. Environ 5 000 Belges disposent d’une telle police, commercialisée pour l’instant par la compagnie DKV. La généralisation d’un tel produit permettrait de diminuer le niveau des primes.

Les assureurs ont logiquement tout intérêt à pousser l’un de leurs produits. "Notre rôle est aussi de conscientiser le politique et les gens sur les grands problèmes sociétaux", se défend Philippe Colle.