Entreprise

Bien que cela n'apparaisse pas évident au premier regard, la semaine boursière écoulée a été relativement étale. C'est en tout cas ce que suggère le bilan final de ces cinq séances marquées par une volatilité accrue avec des rebonds et des dérapages de plus de 2 pc des indicateurs de tendance. Tout cela pour arriver à un score nul ? La manière de rebondir du marché laisse imaginer un rebond à venir, ou à tout le moins une pause dans la décrue des cours. Il faut rappeler que, si le moral des troupes est pour une grande part dans les décisions stratégiques des opérateurs, ces derniers doivent aussi se baser sur des fondamentaux. Et en l'occurrence, le rapport entre les cours de Bourse et les bénéfices par action reste un des éléments à prendre en considération.

Carrefour à contresens

Evidemment, les investisseurs restent nerveux, et ce facteur perd un peu de sa fermeté dans un environnement marqué par des mouvements de panique. Un exemple ? Il y en a cent par séance, mais celui de Carrefour est particulièrement éclairant. Jeudi, le groupe de distribution, à la carrure mondiale, a piqué du nez en Bourse, suite à la publication du niveau de ses ventes sur le trimestre écoulé. Des ventes en recul en France, mais en progression correcte sur la totalité des opérations du groupe ailleurs dans le monde. Evolution correcte compte tenu du recul de la consommation des ménages. Bien sûr, le groupe subit, comme ses concurrents, la pression des "hard-discounters" comme Colruyt en Belgique. Mais, finalement, la croissance est toujours là, même si Carrefour va sans doute devoir adapter plus fermement que prévu sa stratégie à l'évolution des dépenses des familles. Mais de là à justifier une décrue de 10 pc sur une seule séance, il y a de la marge. On évolue donc, ici, clairement dans un environnement boursier irrationnel. On notera que les analystes ont presque unanimement réduit leur cible de cours sur le titre... le lendemain de la chute en Bourse. Bien vu !

Dexia dans le flou absolu

Irrationnel ? Est-ce le cas pour les valeurs financières ? Ici, évidemment, les opérateurs se heurtent au manque de visibilité sur le niveau des engagements des banques face au niveau et à la qualité de leurs fonds propres. On en est réduit à faire confiance à des managers qui ont fait la preuve dans un passé récent d'une appréciation assez floue de la notion de transparence. On en voit les effets sur la confiance des investisseurs dans notre pays comme ailleurs. Sur la semaine, Dexia a été à cet égard la plus pénalisée avec un recul de pratiquement 10 pc sur la semaine, sans qu'aucune nouvelle particulière n'ait été dévoilée. On spécule toujours sur le risque de voir la filiale américaine du groupe achopper sur une baisse de notation de la part des agences de rating, auquel cas, Dexia devrait sans doute faire l'appoint de fonds propres. Rien n'est évident, mais l'agence Standard&Poors a mis la note de Dexia sous surveillance négative. Et la valorisation du titre ? L'action se traite à 10 ou 11 fois les bénéfices estimés, selon les jours. Ce n'est pas cher dans l'absolu, mais la visibilité reste mauvaise.

Dow Chemical paie un prix... correct

La valorisation des entreprises n'est donc pas assurée de manière optimale en Bourse à l'heure actuelle, c'est une évidence. Cela ne veut toutefois pas dire qu'une valorisation ne soit pas possible dans l'absolu... Exemple ? Ici aussi, la Bourse en fourmille. Sur la semaine, c'est toutefois Dow Chemical qui en a donné la plus brillante démonstration en lançant une OPA amicale de 18 milliards de dollars sur la société Rom and Haas. Pour s'offrir l'entreprise spécialisée dans la production d'enduits et de peinture, Dow Chemical a donc accepté de payer une prime de 74 pc sur les derniers cours de Bourse. Une mauvaise affaire ? Non, en réalité, Dow Chemical effectue un "deal" éthique en payant 10 ou 11 fois les bénéfices attendus par action. Ni plus ni moins. Et ceci en dit long sur la qualité des cours de Bourse.

Solvay s'assure Innogenetics

Et l'exemple de Dow Chemical n'est pas isolé. Il suffit de regarder l'actualité financière belge pour en trouver un autre avec le relèvement de l'offre de Solvay sur Innogenetics qui devrait lui en assurer le succès. Ici aussi, Solvay a relevé significativement sa proposition pour se débarrasser de l'offre concurrente de l'américain Gen-Probe. Ce dernier a apparemment jeté l'éponge. Et en Bourse, la réaction des investisseurs n'a pas été négative à l'encontre de Solvay dont le titre termine la semaine en progression de quelques pour cent. Sage réaction qui voit une société belge partenaire de longue date d'Innogenetics, une autre société belge, entamer un rapprochement plus étroit, probablement plus rentable pour l'actionnaire qu'une prise d'assaut hostile basée sur la seule valorisation boursière. Evidemment, ce cours de Bourse est analysé selon les besoins du moment. Ainsi, celui de Fortis - reflétant une stratégie jugée correcte par son conseil d'administration, pas seulement par son administrateur délégué - est au plancher. Soit au niveau fixé par ses dirigeants pour l'augmentation de capital prévue. C'est donc un niveau correct, sans doute.

Il y a quelques années, en plein boom de la Nouvelle économie, Maurice Lippens se plaignait du niveau du cours inadéquat de Fortis et en avait même, à l'époque, rejeté une partie de la responsabilité sur le dos de... la Bourse de Bruxelles, pas assez efficiente. Certains doivent sourire à ce souvenir.