Entreprise

S’ils l’ignoraient encore, les travailleurs liégeois d’ArcelorMittal ont bien compris en 2011 ce qu’implique la globalisation de l’économie. Confronté à une surproduction structurelle à l’échelle mondiale, le géant de la sidérurgie a définitivement mis à mort en octobre dernier la phase à chaud de la Cité ardente. En fait, des deux hauts fourneaux, seul le HFB (Ougrée) a été arrêté. Celui de Seraing (le HF6) étant déjà silencieux depuis plusieurs mois. Mais tout de même : près de 600 personnes vont perdre leur emploi dans cette valse-hésitation qui a débuté en 2003, lors de la première annonce de la fin du "chaud".

A ce jour, la phase initiale de la Loi Renault (d’application ici) est toujours en cours, à savoir une période d’information, de questions-réponses, etc., qui précède la négociation sociale à proprement parler. Le sort de ces 600 travailleurs n’est pas encore très clair. Néanmoins, sur la base des déclarations du GRH du groupe au niveau européen, le licenciement sec est évitable. A cet égard, plusieurs pistes sont possibles : la création d’une cellule d’outplacement pour les aider à retrouver un job, les réaffecter sur d’autres sites d’ArcelorMittal, etc. L’Awex (Agence wallonne à l’exportation) a même noué des contacts avec les grands sidérurgistes chinois afin d’envoyer quelques métallos au chômage partager leur savoir-faire avec l’Empire du Milieu. Tout ceci est encore en gestation.

De même, la Région wallonne a commandé deux études sur l’avenir de la phase à froid et de la phase à chaud à deux consultants (les bureaux Syndex et Laplace Conseil) : les syndicats les attendent avec impatience car, selon leurs conclusions, elles leur permettront de plancher sur la relance de l’outil. En effet, tout espoir n’est pas mort du côté syndical. Singulièrement du côté de la FGTB qui croit toujours dans une reprise de tout le site liégeois d’ArcelorMittal ("froid", "chaud", centre de recherche ) par un concurrent après une nationalisation par la Région wallonne. CSC comme FGTB défendent le maintien d’une sidérurgie intégrée car, pour les organisations syndicales, la phase à froid liégeoise, après les hauts fourneaux, est dans le collimateur de Lakshmi Mittal.

Les syndicats accusent même le groupe d’avoir commencé à désinvestir dans ces activités. Comme la récente polémique sur la demande de l’industriel automobile Renault le prouverait ("La Libre" du 29/12). Pour rappel, le groupe a demandé à la direction liégeoise d’ArcelorMittal de décentraliser le stockage de l’acier liégeois qui lui est destiné de peur d’une grève qui bloquerait l’approvisionnement. La CSC notamment estimait que ce n’est là qu’un prétexte pour faire baisser les "chiffres" de la phase à froid principautaire.

Du côté du géant de la sidérurgie, on se veut rassurant : la phase à froid (plus de 2 000 travailleurs) a un avenir à Liège. La preuve ? De nouveaux investissements pour des millions d’euros y ont été réalisés afin de développer à Liège les aciers du futur. L’enjeu de la phase à froid est très stratégique : de nombreux sous-traitants réalisent une bonne partie de leur chiffre d’affaires grâce aux commandes d’ArcelorMittal. Et 10 000 emplois y sont liés.